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Le 29 août 2016, Nairo Quintana remporte la dixième étape de la Vuelta aux lacs de Covadonga. De nouveau en rouge, il ne cèdera plus sa tunique avant l’arrivée finale à Madrid treize jours plus tard.

C’est un écrin de verdure et de nature préservé au milieu des Asturies, dans la région des Pics d’Europe. Les lacs de Covadonga constituent le théâtre d’une des arrivées les plus célèbres de la Vuelta. Au début des années 1980, le directeur de la course Enrique Franco est à la recherche d’une montée qui deviendrait le symbole de l’épreuve, à l’image de l’Alpe d’Huez pour le Tour de France. Avec les lacs de Covadonga, il est convaincu de détenir la perle rare. L’altitude y est plutôt faible et la montée n’est pas bien longue, mais la beauté des paysages et les deux terribles rampes de La Huesera et du Mirador de la Reina sont des arguments de poids en sa faveur.

D’un bleu vif qui contraste avec les paysages verdoyants au pied des montagnes du massif du Cornión, les deux lacs glaciaires d’Enol et Ercina, distants de moins de 600 mètres, forment ce qu’on appelle les lacs de Covadonga. Un troisième lac, El Bricial, vient parfois s’y joindre à la fonte des neiges. La route qui mène à ce joli coin de nature sauvage fait ainsi son apparition au programme de la Vuelta en 1983. Cette même année, l’épreuve est pour la première fois retransmise en direct à la télévision espagnole, ce qui contribuera beaucoup à la célébrité de la nouvelle ascension phare.

Lejarreta, premier vainqueur

Marino Lejarreta fut le premier vainqueur aux lacs de Covadonga lors du Tour d’Espagne 1983.

Le succès est immédiat. Tandis que le coureur espagnol Marino Lejarreta devient le premier vainqueur des lacs, Bernard Hinault, futur lauréat de la Vuelta, souligne la difficulté de la montée et la classe immédiatement parmi les plus dures au monde. Les images diffusées à la télévision espagnole suscitent un fort engouement populaire et pour Victor Cordero, le successeur d’Enrique Franco, cette ascension spectaculaire devient « la première marque de fabrique de la Vuelta ». Dès lors, les visites du peloton y sont régulières. Ainsi, en 2018, le Tour d’Espagne aura déjà emprunté la route des lacs de Covadonga à 21 reprises.

Depuis le début des années 2000, cette montée subit certes la concurrence de l’Angliru, voisin de moins d’une centaine de kilomètres, pour le titre de plus célèbre montagne d’Espagne, mais elle n’en demeure pas moins un des « must » de l’épreuve. Au cours de son histoire, l’ascension des lacs de Covadonga a consacré de nombreux champions dont certains s’y sont imposés à deux reprises. En 1985, Pedro Delgado y jette les bases de sa première victoire dans la Vuelta, avant d’y triompher de nouveau en 1992. Après lui, Lucho Herrera et Laurent Jalabert ont accompli le même exploit.

Montée spectaculaire et cimetière de champion

En 1996, la treizième étape du Tour d’Espagne marque la fin de carrière de la légende Miguel Indurain. En difficulté la veille dans la montée finale vers l’Alto del Naranco, Indurain a concédé du temps à ses principaux rivaux, Alex Zülle et Laurent Jalabert, et pointe seulement au troisième rang du classement général, devancé par les deux coureurs de la ONCE. Fragilisé, il subit un ultime revers dans cette treizième étape, dont il ne verra pas le bout. L’attaque de Tony Rominger dans l’ascension du Mirador del Fito fait voler en éclats le peloton et condamne le champion espagnol. Incapable de suivre le rythme, Indurain fait signe à ses coéquipiers de continuer sans lui. Avant même que la montée finale vers les lacs de Covadonga commence, il met pied à terre devant l’hôtel de son équipe, à Cangas de Onís. Quelques semaines plus tard, le coureur de la Banesto annoncera la fin de sa carrière professionnelle. Miguel Indurain laisse alors son empreinte sur les lacs de Covadonga, sans y avoir posé une roue cette fois. Ce jour-là, au sommet, c’est Laurent Jalabert qui s’impose et remporte sa deuxième victoire d’étape, tandis que Zülle affirme un peu plus son statut de leader d’une Vuelta qu’il remportera la semaine suivante.

Par Mathieu Langlais ( Mats ).

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Modérateurs: Geraldinho, bouri