Écrit le par dans la catégorie Analyses, Coup de bordure.

Jusqu’au début du Tour de France 2018,  LeGruppetto vous propose un nouveau classement pour connaître le coureur ayant le plus brillé sur les routes du Tour. La seule condition pour figurer dans ce classement est de ne jamais avoir remporté la victoire finale. Première partie avec les places allant de 30 à 21 :

Pour ce classement, tout a été compilé de 1903 à 2017. Tout a compté (classement général, classements annexes, port du maillot jaune …).
Mais ceux qui ont gagné la Grande Boucle ont été mis de côté. Ainsi, ce sera l’occasion de retrouver ou de découvrir quelques coureurs et quelques anecdotes les concernant. La première place est à 100 points par défaut. Par conséquent, un coureur annoncé avec 25 points aurait en fait cumulé un quart des points du premier.

30ème : Gerrie Knetemann, 37 pts

Si le Néerlandais n’a jamais terminé la Grande Boucle dans le top 30, il a cumulé une dizaine d’étapes individuelles, porté le maillot jaune à 4 différentes reprises, mais aussi et surtout, il est le seul (avec Henk Lubberding, mais celui-ci avait parfois été distancé par ses coéquipiers) à avoir fait partie de l’armada Ti-Raleigh de 1978 à 1982, invaincue sur le contre-la-montre par équipes. Et à l’époque, ce type d’épreuve était bien présent, avec de 1979 à 1981, la présence de 2 étapes de ce genre. Mais à l’époque (sauf une tentative en 1979 d’attribuer le temps réel), il s’agissait de gagner des bonifications (jusqu’à 3’45’’ selon l’année et la distance) en fonction de la place obtenue par l’équipe dans l’étape. Ils faisaient entre 40 et 153 kilomètres, pour un cumul en 8 étapes de 626,8 kilomètres, disputées pour un effort collectif total d’un peu plus de 13 heures et demi. Ce qui donne une moyenne annuelle de plus de 2h40, c’est-à-dire 2 heures de plus que ce qui est attendu pour le contre-la-montre par équipes de cette année.

29ème : Thomas Voeckler, 38 pts

15 Tours de France disputées consécutivement, pour des classements variant des bords au podium jusqu’au-delà de la 100ème place. 4 victoires d’étapes et un maillot à pois en prime. Mais Thomas Voeckler, c’est avant tout deux épopées héroïques avec le maillot jaune sur le dos. La première commence cependant de manière hasardeuse. Le jeune champion de France fait partie d’un groupe de 5 que l’US Postal laisse partir (12 minutes d’avance à l’arrivée à Chartres), pour ne pas avoir à défendre trop tôt le maillot jaune de Lance Armstrong, conquis dans le contre-la-montre par équipes, qui avait vu ses écarts réduits par les « retards plafonnés » mis dans le règlement cette année là. Ainsi, c’est l’étape des pavés (seuls 2 secteurs, mais qui avaient suffi à piéger des favoris) qui détermine le maillot jaune. Si le baroudeur Jakob Piil ou le grimpeur Sandy Casar n’y étaient pas attendus, on peut être plus surpris de voir un Stuart O’Grady piégé (vainqueur de Paris-Roubaix 3 ans plus tard) et encore plus Magnus Backstedt (vainqueur de l’Enfer du Nord cette même année 2004). Les 3 minutes d’écart entre les pelotons lors de cette étape, s’achevant à Wasquehal, deviennent ainsi l’avance de Thomas Voeckler au général. Les favoris, Lance Armstrong en premier, se rapprocheront lors de l’arrivée à La Mongie. Puis, après une incroyable résistance, il lui reste encore 22’’ d’avance à l’issue de l’étape du Plateau de Beille. L’absence de lutte entre les grimpeurs 7 ans plus tard lui permettra, à nouveau, de passer l’étape du Plateau de Beille en jaune.

28ème : Alejandro Valverde, 39 pts

Alejandro Valverde, le vétéran espagnol, toujours dans les pelotons, a connu le meilleur comme le pire sur les routes du Tour de France. Ses résultats sur la longévité lui permettent d’intégrer ce classement.

Lorsqu’en 2005, pour son premier Tour de France, il bat Lance Armstrong au sommet de la montée de Courchevel, on promet un bel avenir à l’Espagnol sur le Tour. L’année suivante, il est ainsi attendu parmi les favoris. D’autant plus que l’affaire Puerto a mis de côté un bon lot des favoris et qu’il se présente au départ avec le nouveau maillot blanc et bleu de leader du ProTour. Cependant, une fracture de la clavicule l’empêche de passer la première semaine d’une Grande Boucle qui sera finalement remportée par un de ses coéquipiers. La suite, ce sont de nombreuses places d’honneur (6 fois dans le top 10, mais un seul podium), dont 3 nouvelles victoires d’étapes, même si la dernière remonte à 2012. En 2008, il s’imposait au sommet de la côte de Cadoudal, lors du Grand Départ Breton, qui marquait la fin de 42 années consécutives d’ouverture du Tour par un contre-la-montre. Depuis, la tradition a été rompue à 4 autres reprises, une seule autre fois pour sacrer un puncheur. Cette année encore, la première étape sera en ligne. C’est peut-être mieux pour Alejandro Valverde, qui avait chuté violemment lors du contre-la-montre inaugural de l’an passé, se blessant grièvement au genou.

27ème : Thor Hushovd, 39 pts

Le Norvégien est un des rares coureurs à avoir gagné sur tous les terrains dans le Tour de France : contre-la-montre individuel ou par équipes, sprint massif, arrivée en côte, transition et même en haute montagne. Le chrono individuel, c’est le prologue de 2006, suivi d’une lutte dans les bonifications avec George Hincapie lors du Grand Départ de Strasbourg, avant une blessure au bras, liée aux objets publicitaires donnés aux spectateurs. C’est depuis cet incident que la caravane publicitaire ne distribue plus rien dans le dernier kilomètre, d’autres sponsors se chargeant de donner d’autres objets dans le final. Le chrono par équipes, c’est celui de 2011 avec la Garmin, lui permettant de retrouver le maillot jaune, mais aussi déjà celui de 2001, lors de l’excellent début de Tour réalisé par le Crédit Agricole. Dans les sprints massifs, on peut notamment évoquer sa victoire en 2006 sur les Champs Élysées, mais aucune victoire l’année précédente, bien qu’il ait remporté le classement par points. En côte, on a le final particulier dans les rues de Barcelone en 2009. En transition, il y a sa toute première victoire, dès le Tour 2002, en échappée à la sortie des Alpes. Enfin, en haute montagne, il y a l’intense final de l’étape de l’Aubisque en 2011, avec le col mythique placé très proche de l’arrivée (on le descendait et il n’y avait ensuite que 12 kilomètres de plat). Ce final a vu une intensité rare entre Jérémy Roy, David Moncoutié et le Norvégien, vainqueur en force et en panache, avec le maillot arc-en-ciel sur le dos.

26ème : Erik Zabel, 39 pts

Toujours le coureur le plus titré au classement du maillot vert en le ramenant 6 années à Paris, Erik Zabel a marqué de son empreinte les sprints du Tour de France pendant plus d’une décennie.

Avec près de 100 jours passés avec le maillot vert sur le dos et 6 classements par points consécutifs, Erik Zabel possède deux records. En ajoutant à cela quelques victoires d’étapes et même des jours en jaune et cela fait de l’Allemand un des coureurs les plus marquants du Tour des années 1990 et du début des années 2000. Le premier maillot est obtenu en 1996, à l’issue d’un duel avec Frédéric Moncassin. Le suivant est obtenu en force, avec 3 victoires d’étapes. En 1998, on pourrait croire que Tom Steels a rivalisé avec l’Allemand grâce à ses 4 victoires d’étapes, mais le champion de Belgique ne marquait pas dès le moindre col, alors qu’Erik Zabel s’en sortait mieux quand la route s’élevait, ce qui lui a permis de dominer le classement de près de 100 points sans la moindre victoire d’étape. Même chose l’année suivante, même si le quadruple vainqueur d’étape cette année là était Mario Cipollini, qui abandonnait systématiquement en montagne sur le Tour. 2000 a été encore plus tranquille, les rivaux de la première semaine Tom Steels et Marcel Wüst abandonnant sur la route du Ventoux. Et puis cette année là, la « malédiction » se rompait, avec une première étape en 3 ans, à la veille de Paris. En revanche, les choses se corsaient lors du première tour du XXIème siècle, puisque l’avantage des premiers jours a été perdu dans l’étape de Pontarlier, même si Stuart O’Grady lui laissait encore le vert, car il portait le maillot jaune. S’en suit un épique duel dans une dernière semaine de remontée vers Paris, voyant jour après jour le retard de l’Allemand se réduire de 13 à 2 à la veille de Paris, dans une étape où les baroudeurs n’ont pas eu de réel bon de sortie, les deux coureurs se jouant les sprints en cours d’étape. L’avantage était ensuite repris avant même les Champs Élysées, Alexandre Vinokourov s’intercalant devant Stuart O’Grady dans un des sprints intermédiaires. En 2002 en revanche, le scenario était tout aussi serré, Erik Zabel et Robbie McEwen étant co-leaders ex-aequo durant toute la traversée des Alpes, avant que l’Australien prenne un petit point d’avance dans la seule étape de transition. L’Australien devance ensuite l’Allemand au sprint intermédiaire, puis s’impose sur les Champs Élysées : le règne d’Erik Zabel était terminé.

25ème : Sean Kelly, 40 pts

Avant d’être battu par Erik Zabel, l’Irlandais détenait le record de victoires dans le classement par points, avec 4 succès, obtenus à la régularité, car sur ses 5 victoires d’étapes dans la Grande Boucle, une seule a été obtenue dans ses années « vertes ». Il faut dire que Sean Kelly n’était pas véritablement un sprinteur, même s’il possédait une très bonne pointe de vitesse. Ainsi, certaines de ses victoires d’étapes étaient obtenues dans des étapes accidentées, avec la présence du Col de Cou ou de la Croix-de-Chaubouret dans le final. Sa régularité et sa polyvalence lui ont même permis d’avoir le maillot jaune une journée, après de précédents bons résultats dans les pavés et des chronos, pour que sa pointe de vitesse face le nécessaire dans une étape de plaine que l’organisation voulait animer par la présence de 5 sprints bonifications ! Malgré le travail des équipiers de Kim Andersen, Sean Kelly a su en cumulé suffisamment en cours d’étape, puis à l’arrivée, pour prendre la tête du classement général pour une seule seconde ! Il perd le maillot jaune dès le lendemain, lors de la traditionnelle étape Pau-Luchon, mais il termine l’épreuve dans le top 10 du classement général. Il réitèrera cette performance à 3 reprises, avec au mieux une 4ème place en 1985, ratant le podium pour moins de 2 minutes sur son compatriote Stephen Roche.

24ème : Hennie Kuiper, 40 pts

Hennie Kuiper, victorieux en solitaire au sommet de l’Alpe d’Huez sur le Tour de France 1977.

Si L’Alpe d’Huez est aujourd’hui un grand classique du Tour de France (jamais absente plus de 2 ans de suite depuis plus de 40 ans), ce n’était pas encore le cas en 1977. Les 21 lacets venaient d’être redécouverts l’année précédente, 24 ans après sa première présence sur le Tour et le succès de Fausto Coppi. En 1977, justement, Hennie Kuiper s’y impose en solitaire, revenant à 8 secondes de Bernard Thévenet. Le Néerlandais perdra ensuite un peu de temps dans les contre-la-montre restants (sur un effort d’une heure autour de Dijon, puis sur quelques minutes dans une courte demi-étape Parisienne), pour être alors le 2e dauphin le plus proche du vainqueur de l’histoire. L’année suivante, il remet ça et s’impose devant Bernard Hinault. Il participe ainsi à lancer la légende de la « montagne des Hollandais », entre les succès de Zoetemelk et ceux à venir de Peter Winnen : de 1976 à 1983, 6 des 8 étapes de L’Alpe d’Huez sont remportées par des Néerlandais. En revanche, pas de podium final pour Hennie Kuiper en 1978, puisqu’il se brise la clavicule dans la descente du Col du Granier le lendemain de sa victoire. En 1979, derrière l’intouchable duo Hinault-Zoetemelk, il se bat pour le podium avec Joaquim Agostinho, mais perd d’une minute. L’année suivante, il retrouve la 2e place du général, derrière son compatriote Joop Zoetemelk. Après la France, la Belgique et l’Italie, les Pays-Bas deviennent alors le quatrième Pays à réaliser un doublé sur le Tour. Depuis, seule la Grande-Bretagne l’a réalisé.

23ème : Charles Pélissier, 40 pts

La grande fratrie des Pélissier a marqué dans son ensemble l’histoire de la Grande Boucle, avec l’animation sportive et extra-sportive proposées par l’aîné Henri et par Francis dans les premiers Tours de l’entre-deux guerres, les deux frères ayant presque une forme de rivalité avec Henri Desgrange, l’organisateur du Tour. À rappeler d’ailleurs que, contrairement à ce qu’on lit parfois, Francis n’était pas le cadet, puisqu’il y avait 4 frères Pélissier. Le cadet était Jean, qui n’a pas eu le temps de briller sur un vélo, tombant au combat dans la Marne en 1915. Quant au benjamin, Charles, il était avant tout routier-sprinteur et a couru bien après ses frères. Sa popularité, déjà grande, a explosée lors du Tour de France 1930, le premier disputé par équipes nationales. Membre de l’équipe de France, il remporte la première étape entre Paris et Caen en battant au sprint le légendaire Italien Alfredo Binda. Il remporte ensuite un sprint massif à Brest, puis règle à Perpignan un groupe d’hommes forts à l’issue de la seconde étape Pyrénéenne, avant un succès en solitaire à Montpellier lors de l’étape suivante. Fin juillet, les 4 dernières étapes sur un total de 21 sont consécutives (vues les distances, il y avait 5 journées de repos, cette année là). À Metz, il remporte l’étape dans un sprint massif pour l’époque (une trentaine de coureurs). Il remet ça le lendemain à Charleville, après avoir écopé de 2 minutes de pénalité au classement général, tout comme le maillot jaune André Leducq et deux autres Français. La raison : 3 équipiers se sont relevés pour aider le leader à revenir dans le peloton après un incident mécanique, alors que le règlement de l’époque ne permet de telle manœuvre qu’en se restreignant à 2 équipiers. Le jour suivant, à Malo, après 10 heures de course rendue difficile par de nombreux pavés dans les routes du Nord, il s’impose une nouvelle fois. Enfin, après 12 heures sur 300 kilomètres, mais dans un sprint à seulement 19 coureurs, il triomphe sur le Parc des Princes : 4 étapes consécutives, François Faber avait fait mieux en 1909, en en gagnant 5, mais pour Charles Pélissier, il s’agit de 4 victoires en 4 jours consécutifs. Depuis, seul Mario Cipollini, en 1999, a su en faire autant. Mais pour Charles Pélissier, cela donne un total de 8 étapes dans le même Tour ! Les livres le donnent comme co-recordman avec Eddy Merckx en 1970 et 1974 et Freddy Maertens en 1976. Sauf que ces derniers, avec le prologue et les demi-étapes, avaient respectivement 28, 26 et 26 occasions de victoires, soit un taux de réussite inférieur à celui de Charles Pélissier, qui est de 38 %, un record absolu pour un Tour de France de plus de 14 étapes.

22ème : Rudi Altig, 41 pts

Seulement 4 participations au Tour de France pour Rudi Altig mais à chacune d’entre elles le gain d’au moins une étape et le port du maillot jaune.

L’Allemand fait partie des 14 coureurs à avoir porté le maillot jaune lors d’au moins 4 Tours de France différents. Mais sa particularité est de n’avoir participé qu’à 4 Tours de France. En 1962, il s’empare du maillot jaune en remportant la première étape. Il perd le maillot dès le lendemain à cause de bonifications, mais le reprend le surlendemain, grâce à un nouveau succès. Une troisième étape suivra, en plus du maillot vert. Deux ans plus tard, il remporte une nouvelle étape, avant de faire la sélection dans les cols de Sainte-Marie et du Haut-de-Ribeauvillé en direction de Fribourg-en-Brisgau. Il reste à ce jour le seul Allemand à s’être emparer du maillot jaune en Allemagne (Dietrich Thurau le portera en Allemagne 13 ans plus tard). Encore deux ans plus tard, il remporte 3 étapes, dont celle du Parc des Princes, mais aussi la toute première, ce qui lui permet de s’emparer du jaune dès le premier jour, pour le porter ensuite toute la première semaine, jusqu’à une défaillance dans le col du Soulor, lui faisant perdre 9 minutes (sans laquelle il aurait terminé sur le podium final, devant Raymond Poulidor). Enfin, sa dernière présence sur la Grande Boucle était en 1969. Il y remporte le prologue Roubaisien, mais le contre-la-montre par équipes de Bruxelles du lendemain donne quelques bonifications à Eddy Merckx, qui porte à cette occasion son premier maillot jaune.

21ème : Jan Adriaensens, 42 pts

Professionnel dans les années 1950, le Belge est un des très rares coureurs à avoir été 6 années de suite dans le top 10 du classement général du Tour de France. En effet, seuls 4 autres coureurs ont fait aussi bien (Firmin Lambot et Nicolas Frantz avant lui, Raymond Poulidor et Miguel Indurain depuis) et seuls 3 ont fait mieux (Gustave Garrigou, Joop Zoetemelk et Pedro Delgado). Pour Jan Adriaensens, le premier top 10 est en 1956, avec même un podium, à moins de 4 minutes de la victoire finale. Cette année là, il récupère même le maillot jaune dans les Pyrénées, après qu’André Darrigade ait perdu du temps, pour le laisser ensuite en Provence, où l’alternance de vent et de chaleur avaient fait des cassures. Un autre podium arrivera en 1960, avec même quelques nouveaux jours en jaune, à la faveur d’une échappée en Bretagne aux côtés, notamment de Roger Rivière et de Gastone Nencini, pour le perdre au profit de l’Italien à l’entrée dans les Pyrénées, lui laissant 2 minutes sur les pentes de l’Aubisque.

Par Darth.

 

Crédit Photo : Koch, Eric / Anefo / ANP / filip bossuyt / Berndt Fernow / Brian Townsley 
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Modérateurs: Geraldinho, bouri