Écrit le par dans la catégorie Coup de bordure, Edito.

La « planète cyclisme » est en deuil aujourd’hui. Impatients d’en découdre face aux célèbres secteurs pavés du Tour des Flandres et aux bourrasques bien connues de notre chère Belgique il y a quelques heures seulement, les coureurs cyclistes n’auront la tête qu’à une triste nouvelle durant les prochaines courses… Une fois encore, un coureur vivant sa passion a été foudroyé par la fatalité. Une disparition qui nous donne le droit de nous poser bon nombre de questions afin d’empêcher que l’histoire tragique ne se répète à nouveau.

Gand-Wevelgem se devait être une classique animée cette année avec la présence du Mont Kemmel pour donner tort aux sprinteurs considérant la course comme un havre de paix pour s’illustrer. Si c’est un arc-en-ciel éblouissant qui levait les bras sur la ligne d’arrivée, un incident venait d’enlever injustement la vie à Antoine Demoitié en plein milieu de course.

Au départ de sa seconde classique World-Tour, le Wallon poursuivait son apprentissage au sein de l’élite du peloton avec brio. Dans l’échappée au GP E3 d’Harelbeke, Antoine Demoitié était avide de démontrer l’ampleur de son talent qui l’avait mené à franchir un nouveau cap en 2016 : l’obtention d’un contrat professionnel dans la structure Wanty-Groupe Gobert. Une équipe qui se veut évidemment à l’attaque sur son territoire flamand et qui ne manque jamais ces grands rendez-vous printaniers. Cet événement à rebondissements que doit être chaque course cycliste s’est transformé, hier, en un véritable cauchemar. Pris dans une chute somme toute anodine du peloton, Antoine Demoitié fut la victime d’une moto qui côtoyait à ce moment le peloton et s’écrasait sur lui. Ces simples mots donnent froid dans le dos tant notre souriant espoir wallon était impuissant face à telle situation. Ce sourire que l’on retiendra de lui, on ne peut l’avoir sur notre visage en repensant à la fatalité qui l’a enlevé à sa famille, ses proches et à la solidaire famille du cyclisme.

Il est grand temps d’agir

Ce cyclisme que l’on aime tant, que l’on chérit et qui nous fait vibrer chaque année, il devient difficilement reconnaissable lorsqu’on est sur le bord des routes. Quand nos héros fendent le vent devant nous, on a déjà pu voir passer une quantité importante de véhicules motorisés à l’avant de la course. Que dire alors du cortège assourdissant qui est à sa poursuite ? Aux voitures d’équipes sont progressivement venues s’ajouter quantité de voitures invitées pour séduire les sponsors si bien qu’un coureur victime d’une chute doive jouer les équilibristes pour rejoindre le peloton sans égratignures. Plus dangereuses encore, les motos des commissaires de course, des photographes, ou des caméras de chaînes internationales se décuplent chaque année de telle sorte que les cyclistes en soient entourés de part et d’autre, où qu’ils soient. Une réalité que l’on ne devine pas spécialement lorsqu’on est assis devant sa télévision, mais que les coureurs vivent au quotidien lorsqu’ils exercent leur métier de cœur. Les téléspectateurs se réjouissent d’avoir des images toujours au plus près de l’action… avec les risques que cela contient. De nos jours, les exploits individuels et collectifs doivent trop souvent céder les gros titres de la presse et des médias à des tragédies… Il est grand temps que le cyclisme soit à la hauteur d’autres sports en matière de sécurité pour minimiser ces nouvelles qu’on ne voudrait jamais entendre. Rik Verbrugghe faisait d’ailleurs, sur Twitter, le parallèle entre le violent accident dont est sorti indemne Fernando Alonso en F1 et ce fait de course qu’est la chute qui a fait perdre la vie à Antoine Demoitié. Le casque est devenu la principale défense face aux chutes pour les coureurs du peloton et en a sauvé plus d’un… À l’UCI de veiller à ce qu’on ne surplombe pas les routes d’autres dangers face auxquels les coureurs ne peuvent lutter.

À la conduite de ces motos on retrouve, certes, des pilotes accomplis, mais la réalité du peloton n’est pas celle de la route… Quand un essaim de 180 coureurs file à toute allure, la chute n’est jamais loin. Comment un seul homme de 70 kilos peut-il se défendre sur sa structure en carbone face aux engins motorisés le dépassant à grande vitesse ? Loin de moi l’idée de jeter la pierre à ces conducteurs faisant leur boulot, au commissaire de course en question qui risque de s’en vouloir à tout jamais, mais il semblerait que certaines règles de sécurité soient à retravailler pour le bien des coureurs et qu’une formation pointilleuse soit justifiée pour ces motards et conducteurs à qui on donne des responsabilités dont ils n’ont pas spécialement conscience. Fallait-il malheureusement attendre un décès tragique pour réagir ? Ce n’est pas faute d’avoir été prévenu au vu des nombreux blessés graves renversés par les véhicules de la course récemment avec Johnny Hoogerland, Juan Antonio Flecha, Greg Van Avermaet ou Stig Broeckx pour ne citer qu’eux…

Une lueur d’espoir se présentait pourtant à nos yeux ces dernières années, car les campagnes font bon train concernant la sécurité des coureurs. Les organisateurs sensibilisent les spectateurs à s’éloigner au maximum des coureurs, l’ASO impose des règles ô combien pointilleuses aux véhicules de la caravane publicitaire pour protéger les spectateurs, de nombreuses infographies visent à prévenir les automobilistes qu’il est grand temps de veiller aux cyclistes de tout type sur les routes pour éviter le drame, mais malheureusement ces mêmes règles sont loin d’être appliquées au sein même du peloton. La neutralisation d’étape sur le Tour de France après une chute importante ou quelques annulations d’étapes dues aux conditions climatiques prouvaient une certaine bienveillance des organisateurs, mais il est grand temps de passer à la vitesse supérieure sur ce dossier ô combien important… Il n’est pas question de tricherie ou d’argent, des vies sont en jeu ! Le risque zéro n’existera jamais, faisons en sorte de nous en rapprocher.

La communauté LeGruppetto partage la tristesse de la famille et des proches d’Antoine Demoitié et souhaite leur témoigner ses plus sincères condoléances.

Guillaume Zaracas

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Re: Quand l’horreur prend le dessus sur la ferveur

Messagepar bullomaniak » 29 Mar 2016, 11:53

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