Écrit le par dans la catégorie Analyses, Coup de bordure.

Comme en 2013 et 2014, nous nous proposons de suivre les performances des coureurs dans les grands cols du Tour 2015 par la mesure de leur puissance moyenne développée, exprimée en Watts. Ça tombe bien, le sujet est revenu sur le devant de la scène après la démonstration de Froome à la Pierre-Saint-Martin. Depuis bon nombre de papiers tout aussi explicatifs que confusants circulent quand ce ne sont pas des reportages ou des vidéos « fuitées » émanant d’experts auto-proclamés douteux… In fine, Sky a décidé de diffuser les données de Froome sur la Pierre-St-Martin.

Pour cette édition 2015, nous conservons le même protocole que pour 2013 et 2014. Notre modèle de calcul reste le même que celui présenté dans cet article. Les temps d’ascension sont mesurés par nos soins via les replay vidéos et en dernier recours en tenant compte de l’écart GPS (*). La puissance moyenne est exprimée en W avec un étalon de 78kg. Le vent et l’abri n’est pas pris en compte sauf mention contraire. Le but n’est pas d’avoir le chiffre le plus précis possible mais un modèle simple et efficace qui permet de comparer les performances en différents lieux et dates. En conséquence, nous ne nous prononçons pas sur le caractère « humain » des performances.

Le Tour 2015 a débuté avec la traversée des Pyrénées que nous pouvons résumés à trois ascensions :  Pierre-Saint-Martin, Tourmalet et Plateau de Beille.

Pierre-St-Martin : Froome à son top, les rivaux font flop

La première étape de montagne de ce Tour consistait en une course de côte sur la difficile montée vers la station de la Pierre-Saint-Martin. Au lendemain d’une journée de repos, beaucoup de défaillances ont eu lieu avant une accélération de Porte et l’attaque de Froome à 6.2km du sommet qui lâchait Quintana, ultime résistant. L’impression laissée par le britannique et son équipe a marqué mais qu’en disent les chiffres bien plus objectifs :

psm

Froome signe une performance majuscule avec  434 W.étalon développés sur 40’. Malgré tout cette performance n’est que dans la droite ligne de celles du Tour 2013 : 445W sur 23’ à Ax-3 Domaines et 425W sur 57’ au Ventoux. Si on tient compte d’une perte théorique de 1W par minute d’effort supplémentaire, l’ascension du Ventoux 2013 se ramène à 441W sur 41’. Elle est donc supérieure à la Pierre-St-Martin 2015 ! Froome n’a donc fait que confirmer son potentiel et n’a pas signé la performance record que les images pouvaient laisser imaginer.

Pour cette ascension, Sky a révélé quelques chiffres officiels : 41’30 d’effort environ à 414 W « capteur », un poids de 67.5 kg et 6.13 W/kg. Mais Tim Kerrison, chef de la performance, précise qu’il faut retrancher 6% en raison d’un biais de mesure lié au plateau ovale de Froome, ce qui donne 389 W « réels » et 5.78 W/kg. Ces deux derniers chiffres paraissent sous-estimés et donc difficilement soutenables. D’une part, certains coureurs comme Gesink et Gallopin, ont déclaré un rapport poids/puissance supérieur autour de 5.9kg. D’autre part, en rentrant le poids déclaré de Chris Froome dans notre modèle (le temps est conservé car relié à notre segment mesuré), nous obtenons une puissance moyenne de 418 W ! Cette valeur se trouve à moins de 1% d’écart de la donnée « capteur ». Nous pensons donc que cette donnée est déjà étalonnée et que Sky se trompe en retranchant à nouveau 6%. Cette erreur semble quand même difficile à imaginer de la part d’une équipe aussi à la pointe sur la question de l’entrainement scientifique et des puissances…

Mais revenons à notre modèle et nos chiffres. Si Froome ne signe pas de record de performance, son équipier Richie Porte s’en charge. Avec 422W sur 41′, nous ne l’avions pas encore mesuré à ce niveau, même à Ax-3 Domaines en 2013 où il avait déjà signé la deuxième place derrière son leader. L’australien montre donc un grand potentiel sur une montée sèche. Même si son Giro gâché par une crevaison et une chute a terni son bilan 2015, nous nous devons de rappeler que l’australien réussit sa meilleure saison cette année (Paris-Nice, Catalogne, Trentin).

Si les deux coureurs Sky ont évolué à haut-niveau, nous ne pouvons pas en dire de même pour leurs adversaires. Premier poursuivant, Quintana a limité la casse mais ses 421W sur plus de 41’ le placent un peu en dessous de ses Alpes 2013 (Ventoux, Alpe d’Huez et Semnoz). En progression depuis deux ans, nous aurions attendu mieux du grimpeur colombien. Ou peut-être monte-t-il en puissance avant le massif alpestre…

Les défaillances sont encore plus flagrantes chez Contador, Van Garderen, Nibali, Péraud, Bardet et Pinot. L’espagnol est apparu moins fort que lors du Tour 2013, année où il ne semblait déjà pas épanoui ! Quand aux hommes forts du Tour 2014, les chiffres n’étaient presque pas nécessaires face aux images de leurs défaillances. Le stress de la première semaine, la chaleur, la transition subite plaine/montagne et la gestion de la journée de repos sont des raisons avancées pour expliquer ce déluge de défaillances. Seule exception, Valverde évolue près de son niveau de Chamrousse l’an dernier (405W sur 51’).

La différence de puissance la plus parlante est celle de Vincenzo Nibali. Avec son niveau de l’an dernier, tant à Risoul qu’à Hautacam (433W sur 37’), l’italien aurait été très proche de Froome et aurait pu envisager de le suivre à l’aspiration (grâce à une économie de 5 à 15W selon la pente). Un tel scénario aurait probablement tué dans l’œuf la tempête de suspicion qui a suivi l’envolée du maillot jaune…

Tourmalet : Astana choisit le cut

Le lendemain, les coureurs avaient le droit à une étape de montagne avec le duo Aspin-Tourmalet avant la vallée montante vers le village de Cauterets. Après un début d’étape rapide, le col d’Aspin a été gravi avec un rythme tranquille. Seul Dan Martin a dû s’employer un peu pour rejoindre les échappés.

aspin

Dans le Tourmalet, Astana a haussé le train ce qui a provoqué une sélection fatale à beaucoup de défaillants de la veille. Seul Barguil rentrera dans la descente.

tourmalet

Le rythme est moins important que la veille et est inférieur à celui avec lequel Nibali a grimpé la Pierre-St-Martin la veille. La plupart des coureurs déjà en dessous de ce « cut » sont à nouveau en difficultés à l’image de Uran ou Péraud. A l’inverse, Frank et Ten Dam parviennent à relever la tête. La défaillance du jour est à mettre au crédit de Fuglsang, l’équipier de Nibali, tandis que Porte a de nouveau montré ses faiblesses en récupération, en étant malmené par le rythme des Astana. L’australien a en effet été distancé momentanément au milieu du col.

Plateau de Beille : Un bon rythme et des leaders retrouvés

La troisième étape pyrénéenne s’est achevé au sommet du Plateau de Beille. Si la victoire s’est joué entre trois échappés, les rivaux de Froome ont tenté de placer quelques banderilles, sans succès.

beille
L’ascension de Beille 2015 aura été plus rapide que celle de 2011 marquée par l’attentisme. Contador, Nibali, Valverde et Quintana ont tenté d’attaquer Froome mais celui-ci a su répondre sans trop vaciller. Le rythme imprimé était légèrement inférieur à la puissance de Quintana dans la PSM ce qui montre que plusieurs leaders se sont retrouvés ! Ce rythme a cependant été fatal à Porte qui confirme ses difficultés à enchainer les étapes de montagne. Pour Thomas, l’autre gros équipier de luxe de Froome, il est apparu à la limite, ne profitant que des temporisations post-attaques pour revenir faire le train.

De son côté, Gesink a été victime de malchance en crevant au pied de la montée. Le néerlandais accuse cependant la fatigue car le rythme devant n’était que légèrement au dessus du sien dans la PSM où il s’était dévoilé tôt et pensait pouvoir mieux faire.

Vainqueur de l’étape après une échappée, Rodriguez signe un bon temps même s’il parait insuffisant à tenir les favoris à l’inverse de Majka l’an dernier. Fuglsang est à nouveau en dessous de sa montée inaugurale à la PSM tandis que Bardet va mieux même si lui reste du chemin pour tenir la puissance des gros à la pédale.

Pour Tony Gallopin, la répétition des étapes a fait son effet et le français concède 15-20W à sa performance sur la PSM. A la pédale, le Top10 semble difficile à assurer.

Pour réagir sur les puissances du Tour 2015, venez dans notre laboratoire !

 

Par Svam, avec l’aide de CSC_3187 et de la rédaction du Gruppetto

Photo-titre : Chris Froome au Ventoux par Vicent Lefèvre

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