Écrit le par dans la catégorie Les forçats de la route, Portraits.

Le 10 Août dernier,  John Lee Augustyn a fêté ses 28 ans. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais il fut pourtant, plus jeune, considéré comme l’un des plus grands espoirs du cyclisme mondial. Révélé en 2008 sur les pentes de la Cime de la Bonette lors de sa première participation au Tour de France, John Lee Augustyn a connu une suite de carrière bien malheureuse. Dans le même temps, un autre coureur africain traversait ce Tour 2008 dans un relatif anonymat : Chris Froome. Récent vainqueur de la grande boucle, il est aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs coureurs au monde.  Ainsi, ces deux cyclistes africains ont connu un parcours professionnel aussi similaire que différent. Enquête sur deux destins croisés.

 Leurs débuts

Tout deux issus du continent africain, les deux coureurs ont commencé le vélo dès leur plus jeune âge. Au Kenya, le jeune Christopher Froome utilise son vélo pour tous ses déplacements, mais ce n’est qu’à 15 ans qu’il découvre le vélo en club lors de son arrivée en Afrique du Sud. Ce pays où naquit John Lee Augustyn. Dès l’adolescence leurs parcours se dotent d’une similarité étonnante. Les deux gravissent peu à peu les échelons grâce notamment aux efforts de développement du cyclisme dans cette partie de l’Afrique.

Des structures se développent qui voient émerger équipes et courses. Déjà dans les années 1990 était crée le Tour du Cap . Ces moyens permirent à quelques coureurs africains de percer en Europe, berceau du cyclisme. C’est ainsi qu’en 2005, le jeune John Lee Augustyn signe son premier contrat pro dans l’équipe Konica-Minolta et effectue ses premiers galops hors d’Afrique. Il s’impose notamment au Japon en 2006, à seulement 19 ans, lors de l’épreuve chronométré menant au sommet du Mont Fuji-Yama. Pour Froome, adepte du VTT, il faut attendre 2007 et son adaptation au vélo de route pour qu’il signe son premier contrat pro chez… Konica-Minolta. Froome suit ainsi les traces de Augustyn. Cependant, les deux coureurs ne coururent pas sous le même maillot cette année là, le plus jeune ayant rejoint l’équipe phare du cyclisme africain: la Barloword.

En 2007, sous ses nouvelles couleurs, Augustyn se révèle en Europe en terminant 3ème lors du montagneux Tour des Asturies. Il est très vite considéré par ses pairs comme un espoir du cyclisme mondial. Dans le même temps, Froome continue de suivre le chemin tracé par son cadet en s’imposant lors d’une épreuve chronométrée lors du Tour du Japon et en terminant 6ème du classement général. Durant cette saison, il remporte également le Tour des régions Italiennes espoirs devant Cyril Gautier. Ses bonnes performances amènent le coureur kényan a rejoindre la structure Barloworld. Une fois de plus, il suit les pas de John Lee Augustyn.

Révélation et anonymat

En 2008, l’équipe Barloworld se compose ainsi de coureurs capables de se mesurer aux meilleurs mondiaux sur différents terrains : Juan Mauricio Soler, Robert Hunter, Enrico Gasparotto, Félix Cardenas, Daryl Impey et bien évidemment les deux jeunes africains Chris Froome et John Lee Augustyn. Cette année marque l’éclosion d’un crack aux yeux du public. Si on s’attache à regarder la saison actuelle, il serait naturel d’y voir l’éclosion du kényan. Pourtant c’est bien le jeune sud africain qui, cette année là, marque le monde du cyclisme de son talent. En effet, comme en 2007, l’équipe Barloworld obtient son invitation pour le Tour de France. Christopher Froome, désormais britannique, et John Lee Augustyn sont sélectionnés pour y participer. La chute de Mauricio Soler lors de la 1ere étape et son abandon lors de la 5è offrent l’occasion aux deux jeunes coureurs de se mettre en avant. Lors de la 16ème étape, Augustyn s’échappe avec un groupe parti en chasse de Stefan Schumacher, isolé à l’avant. Le jeunot surprend tout le monde en s’accrochant sur les dures pentes de la Cime de la Bonette. Il se permet même de lâcher ses compagnons d’échappées dans les derniers mètres de la Cime de la Bonette et devient le premier africain à passer en tête de la route de la plus haute de France (2802m). Dès lors, plus rien ne sera plus comme avant pour le coureur africain, mais pour d’autres raisons. Dès le virage suivant, le rêve s’interrompt. Dans la descente de la Cime de la Bonette, John Lee chute dans le ravin et glisse sur une trentaine de mètres. Heureusement, il s’en sort indemne et repart assez rapidement sur son vélo (Il concède tout de même 5 minutes). Une des images fortes de cette édition 2008 assurément. S’il a manqué la victoire ce jour là, Augustyn a marqué le Tour de part son talent et sa « malchance » à seulement vingt-deux ans. Dans le même temps, Christophe Froome termine aussi ce Tour mais dans l’anonymat le plus total, malgré une belle 14è place dans le contre la montre final. Pourtant la trajectoire des deux coureurs va bientôt se croiser.

Doutes et remises en question

Doté d’un style peu académique, Christopher Froome n’aimait pas frotter et a eu besoin d’un long temps d’adaptation avant de savoir courir en peloton. Doué pour l’effort solitaire, il se distingue enfin en montagne en 2009 en terminant 3ème de l’étape menant au Mont Faron lors du Tour Méditerranéen, puis termine 36è du Giro. Un Giro que John Lee Augustyn termine à une décevante 77è place. Le jeune coureur de 23 ans traverse cette saison comme un fantôme (il finira néanmoins 23ème de la Flèche Wallonne), comme si son impressionnante chute de l’année précédente l’avait marqué. Fin 2009, la Barloword disparait. Les deux coureurs, l’un en progression, l’autre décevant, rejoignent ensemble l’ambitieux projet d’une nouvelle équipe britannique, la Team Sky.

 2010, l’année charnière

Cette nouvelle structure semble parfaite pour faire éclore Chris Froome et retrouver le talentueux John Lee Augustyn. Pourtant, les deux coureurs connaissent une année 2010 catastrophique. Froome contracte une maladie lors d’un voyage en Afrique: la bilhaziose. C’est une maladie incurable qui ne se traite que par traitement tous les 6 mois. De fait, les résultats ne sont pas au rendez vous, malgré une deuxième place lors des championnats de Grande Bretagne de Contre la Montre derrière son désormais compatriote, Bradley Wiggins. Pour le sud-africain, cette saison est encore pire que la précédente. Il ne participe qu’à 11 courses et n’en termine que 4. On pense alors qu’il s’agit d’une année « sans » du coureur africain, mais le mal est plus profond. Sa chute lors du Tour de France en serait-elle la raison ? Assez improbable, le coureur est cependant méconnaissable depuis cet épisode.

L’année suivante marque le tournant de la carrière des deux coureurs. Alors que John Lee Augustyn continue sa descente aux enfers, Christopher Froome se révèle de manière impressionnante sur un grand tour et montre enfin ses capacités de se frotter aux meilleurs dès lors que la pente s’élève. En Mars 2011, l’éternel espoir sud africain est opéré d’un resurfaçage de la hanche, conséquence d’une chute au Portugal en 2007. Lors de la Classique San-Sebastian, il porte pour la dernière fois le maillot de la Sky et abandonne. Quelques jours plus tard, Chrisrtopher Froome est au départ de la Vuelta. Depuis le début de la saison, le longiligne britannique a confirmé ses progrès en montagne en accrochant des places d’honneurs lors du Tour de Castille et Léon, du Tour de Romandie et du Tour de Suisse. Mais ce Tour d’Espagne va réellement marquer son explosion. Censé accompagné Bradley Wiggins vers la victoire, Chris Froome le surclasse dans la 10è étape, un contre la montre, et s’empate ainsi du Maillot Rojo de leader à la surprise générale. Décramponné lors de l’étape suivante, il perd son maillot rouge, mais réussit à aider de nouveau son leader le lendemain en écartant de la victoire finale Vincenzo Nibali et Joaquim Rodriguez. Néanmoins, lors de l’étape menant au sommet de l’Angliru, Chris Froome se révéle plus fort que son leader Bradley Wiggins, défaillant. Il devient ainsi leader de la formation Sky. Dans l’étape de Pena Cabarga, il remporte l’étape après avoir fait tout exploser sauf le leader du général, Juan José Cobo Acébo, qui revint dans les derniers mètres. Le coureur d’origine kényane termine cette Vuelta a une incroyable 2ème place. Personne n’aurait misé une pièce sur ce coureur qui mit tant de temps à s’adapter au monde professionnel.

Fin de carrière et paillettes

L’année suivante marque la retraite prématurée de John Lee Augustyn à la fin du mois de Mai, qui avait pourtant tenter une retour de la formation Utensilnord. Christopher Froome, lui, est en pleine préparation pour sa seconde participation au Tour de France. Il termine à la seconde place derrière Bradley Wiggins, mais se montre une fois de plus supérieur à son leader en montagne.

Depuis, John Lee vit à Port Elisabeth, en Afrique du Sud, où il est devenu l’ambassadeur de la marque de cycle Swift. Il a également participé à quelques courses de VTT pour la formation amateur sud-africaine, Nelson Mandela Metropolitan University. Quant à Christopher Froome, sa saison 2013 est tout simplement incroyable. Il a terminé second du Tirreno-Adriatico et a remporté le Critérium International, le Tour de Romandie, le Dauphiné Libéré et vient de s’adjuger la plus belle des épreuves:  Le Tour de France. A chaque sortie, il domine nettement la concurrence que ce soit en montagne ou en contre la montre. Il apparaît ainsi comme l’un si ce n’est LE meilleur coureur mondial.

Étonnant comme triste est le destin de ces deux coureurs liés par leurs origines mais séparés par leurs résultats. D’un côté un grand espoir déchu et de l’autre un bon coureur devenant le meilleur au monde. Il en résulte ainsi des questions. Quelle est la vraie raison de la descente aux enfers de John Lee Augustyn ? Son opération en Mars 2011 est-elle l’unique et seule raison de sa retraite prématurée ? De son côté, la domination nouvelle et sans partage de Chris Froome n’est elle qu’un leurre ou alors simplement un talent qui a eu du mal à éclore ? Quoi qu’il en soit, venez en débattre sur le forum ICI.

PS: Aux dernières nouvelles, et selon une interview qu’il a accordé à Shane Stokes pour le site Velonation, John-Lee Augustyn envisage de réintégrer le peloton professionnel en 2014 se sentant prêt physiquement et mentalement. Pour mettre toutes les chances de son côté, il est revenu s’installer en Italie au pied des montagnes qu’il affectionne tant.

Par Dam et Coach // Images : Vincent Lefèvre (reflexe.photo.free.fr)

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