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Liège-Bastogne-Liège est une des plus anciennes courses cyclistes d’où son surnom de Doyenne. Créee en 1896, remportée par les plus grands, élevée au rang de monument du cyclisme, la classique belge regorge de difficultés aux noms évocateurs : la côte de Wanne, le mur de Stockeu, la côte de la Redoute, la côte de St-Nicolas… Un tel programme étalé sur plus de 250km devrait augurer d’un spectacle attendu par chaque fan de cyclisme. Or, depuis plusieurs années, le quatrième dimanche d’avril est plutôt synonyme d’ennui que de feu d’artifice. Aussi, il est peut-être venu le temps de réinventer la Doyenne avant qu’elle ne finisse de mourir à petit feu.

Les changements récents de parcours

Comme souvent quand une course devient morne, les organisateurs (ici Amaury Sport Organisation, ASO) s’appliquent à faire évoluer le parcours. Ces dernières années Liège-Bastogne-Liège n’a pas échappé à cette règle. Si certains changements sont dictés par les contraintes des travaux publics, comme la suppression de la trilogie Wanne/Stockeu/Haute-Levée en 2016 ou le passage par la côte de Colonster en 2013, d’autres résultent de vrais choix censés redynamiser la course.

En 2016, le final emprunte ainsi la côte pavée de la rue Naniot, qui se révèle d’entrée décisive avec l’attaque victorieuse d’un quatuor. Mais placée à 3,5km de l’arrivée, la difficulté avait été précédée d’une longue procession ennuyeuse. En 2014, le retour de classiques comme la côte de la Vecquée et la côte des Forges n’avait pas pesé sur la course.

En 2008, c’est la côte de la Roche-aux-Faucons qui avait été introduite en remplacement de celle de Sart-Tilman. Très pentue dans sa première partie et suivie d’une deuxième partie non-répertoriée, cette côte a rapidement eu son heure de gloire avec le démarrage en solo de Andy Schleck en 2009. Les éditions de 2010 et 2011 finiront d’installer la côte. Toutefois, depuis la tentative avortée de Nibali en 2012, la Roche-aux-Faucons a perdu de son importance.

Les coureurs préfèrent en effet attendre la côte de St-Nicolas, placée à 5km de l’arrivée dans le quartier italien de Liège. Introduite en 1998, la côte avait dès cette année là retardé la sélection. Mais en y attaquant victorieusement l’année suivante, le belge Frank Vandenbroucke a définitivement installé cette côte au programme de la Doyenne.

 

L’exemple de l’Amstel

Si de nombreux changements de parcours ont eu lieu ces dernières années, leur impact sur le spectacle est donc plus négatif que positif pour le moment. Les organisateurs de ASO pourrait peut-être s’inspirer de ceux de l’Amstel Gold Race, qui ont eux aussi fait évoluer leur parcours mais avec succès.

Lassé des courses de côte sur le Cauberg, le directeur de la course néerlandais Leo Van Vliet a dans un premier temps reculé l’arrivée 1800m après la fameuse côte : sans grand succès. En 2017, l’évolution a été plus radicale avec la suppression de la dernière ascension du Cauberg pour obtenir un final plus allégé. Au palmarès, on pourrait croire à un statu quo puisque le triple vainqueur Gilbert a glané une 4e victoire devant le vainqueur 2014 Kwiatkowski. Mais question spectacle, la course s’est réinventée puisque le première attaque du champion de Belgique a eu lieu à 40km de l’arrivée !

Sur Liège-Bastogne-Liège, cette distance correspond à celle depuis la Redoute jusqu’à l’arrivée. De quoi revenir à la situation des années 90 où cette côte fameuse était décisive. Pour cela, alléger le final comme cela a été fait sur l’Amstel semble une première piste intéressante. La deuxième est de s’appuyer sur des routes plus étroites, semblables à celles du Limbourg, où il est plus difficile d’organiser un peloton.

Première piste : alléger le final

La réflexion appliquée à l’Amstel s’appuie aussi sur les exemples des courses flandriennes. Vierges de difficultés dans les 10 derniers kilomètres, ces dernières voient des offensives se développer à parfois 100km du but ! Sur Liège-Bastogne-Liège, la Redoute peut être pris comme le principal point d’intérêt et alléger le parcours revient à remettre en cause les trois principales côtes qui suivent : la Roche-aux-Faucons, St-Nicolas et Ans.

La Roche-aux-Faucons est une difficulté intéressante dans son profil : le pied est très dur et la deuxième partie peut permettre des offensives tactiques, à l’image de Vinokourov qui piège Gilbert en 2010. Le défauts de cette côte réside finalement dans sa position qui oblige à une approche et une suite sur des routes peu favorables aux attaquants. Sa suppression permettrait de remodeler totalement le final.

La côte de St-Nicolas est actuellement un emblème de la Doyenne. Pourtant la course ne s’y joue plus si souvent. Si la côte est attendue par les leaders, très peu sont finalement capables d’y sortir avec un écart solide. Le regroupement est donc devenu systématique après celle-ci et la course se joue finalement sur Ans (ou Naniot en 2016). Des trois difficultés listées, la côte de St-Nicolas est assurément celle qui « mériterait » le plus de quitter le parcours.

Officielllement la côte de Ans n’est pas répertoriée dans la dizaine de difficultés de la Doyenne. Pourtant c’est en haut de ce kilomètre à 5% de moyenne qu’est placée l’arrivée de la course depuis 1992. Après 260km d’efforts, son profil devient suffisamment difficile pour permettre à des puncheurs de se reposer sur elle, à l’image de Dan Martin spécialiste de ce type de tentatives. L’avantage de cette bosse est d’assurer le sacre d’un puncheur sur leur classique reine alors que le final de l’Amstel pourrait bénéficier à un sprinteur complet (Matthews, Colbrelli, Degenkolb). Ses désavantages sont sa position au nord de l’agglomération de Liège et le risque de finir en course de côte, ce qu’on observe très souvent actuellement.

Il y a quelques années, le directeur de course Thierry Gouvenou confiait espérer un retour d’une arrivée sur le plat, près des grands boulevards du centre de Liège d’où s’élance la course le matin, au moins pour tester l’impact. Cela serait possible à partir de 2019 puisque la convention actuelle liant ASO et Ans se finit en 2018.  Sauf que les représentants belges semblent eux très satisfaits de l’arrivée actuelle, objectant le succès populaire face à l’ennui sportif. Avouez quand même qu’un Liège-Bastogne-Liège qui finit bien à Liège, ce serait un juste retour des choses !

Deuxième piste : favoriser les attaquants

Pour favoriser les attaquants, le recours à des routes et difficultées plus étroites peut être intéressant. Là encore l’idée se base sur le constat des flandriennes où cela permet aux leaders de sortir et de résister aux équipiers qui mènent le peloton. La Doyenne possède déjà des difficultés étroites comme le mur de Stockeu, la côte de la Redoute ou celle de la Roche-aux-Faucons. Le problème vient plutôt des routes qui relient ces difficultés.

Par exemple l’approche de la Redoute se fait par le col du Maquisard, une difficulté plutôt roulante, suivie d’une longue descente sur une route très large. Cela permet aux leaders de remonter et d’imposer ensuite une montée au train tout en n’incitant pas les coureurs à anticiper dans les premières côtes du parcours. Bref, il y a la tous les ingrédients pour que la Redoute soit escamotée, ce qui est très souvent le cas depuis 1998.

Un changement d’approche pourrait passer par la côte de Niaster, aperçu sur l’Eneco Tour ces dernières années. D’un profil modeste (), cette côte et sa descente sont bien étroites pourraient étirer voire casser le peloton à seulement 2,5km du pied de la Redoute. De par sa position, la côte de Niaster forcerait aussi le retour de la côte de Lorcé, absente depuis 1998.

Nos propositions en trois parcours

Pour mettre en pratique les améliorations que nous avons identifiées pour la Doyenne, voici trois variantes possibles de l’actuel final de la Doyenne. Pour la clareté de la présentation les profils présentés démarrent à la sortie de Vielsam, aux environs du kilomètre 150.

http://www.openrunner.com/index.php?id=7350989

Notre première variante est plutôt conservatrice. Malgré ses défauts l’arrivée à Ans est ainsi maintenue, tout comme la Roche aux Faucons. C’est donc la côte de St-Nicolas qui disparaît afin de favoriser une sélection plus en amont. Dans cette optique, la route s’attarde un peu plus longtemps qu’actuellement sur la section piégeuse du plateau de Sart-Tilman. L’autre changement majeur de ce parcours est l’approche de la Redoute avec le duo Lorcé+Niaster présenté dans notre analyse en lieu et place du col du Maquisard et de sa longue descente roulante.

 

http://www.openrunner.com/index.php?id=7351241

Notre deuxième variante va encore plus loin avec la suppression de l’arrivée à Ans, pour la placer sur le plat au cœur de Liège (Boulevard d’Arvoy). La côte de la Roche-aux-Faucons est aussi supprimée, remplacée par l’historique côte des Forges. Placée à 31,5km de l’arrivée, la côte de la Redoute redevient donc le détonnateur du final. Toutefois, afin d’éviter une arrivée trop groupée, une ultime bosse, la côte de Cointe, est placée à l’entrée de Liège à 5 kilomètres de l’arrivée. Enfin, l’approche de la Redoute se fait à nouveau par le duo Lorcé+Niaster, lui même précédé de la petite côte de Rahier.

http://www.openrunner.com/index.php?id=7351296

Notre troisième variante casse volontairement tous les codes du parcours actuel puisque seule la côte de la Redoute (et le Thier du Hornay qui suit) était présente sur le parcours 2017 ! Très innovant, ce tracé fait la part-belle aux nouvelles côtes ainsi qu’à des oubliées. La première côte du final est celle du Mont-le-Soie. Le peloton effectue ensuite une boucle autour de Trois-Ponts où se succèdent quatres côtes pentues et étroites : le Thier de Coo, le col du Stockeu (version allongé et historique du simple mur), celle de Wannerenval et enfin le retour du Mur des Hézalles. Après les côtes pentues, vient le temps des côtes roulantes avec l’Ancienne-Barrière, Lorcé et Niaster. On arrive alors à la Redoute, dernière longue côte du parcours. Il ne reste ensuite que trois difficultés plus courtes, semblables aux côtes de l’Amstel : le Thier du Hornay, la Rue de la Drève (et sa ligne droite à 10%) et la fin de la côte de Sainry. On bascule ensuite dans la descente vers Liège et les 7 derniers kilomètres plats avant la ligne d’arrivée tracée dans les faubourgs est de la ville.

Par Svam.

Crédits : profils : Cronoescalada / photo : Flore Buquet
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Modérateurs: Geraldinho, bouri

Re: Comment sauver la Doyenne ?

Messagepar Nico32 » 02 Mai 2017, 17:31

Bon article :ok:

Dans tes propositions, je préfère la 2e ou la première. LBL est quand même une course historique avec des difficultés emblématiques. Il ne faut pas la faire trop ressembler à l'Amstel car chaque ardennaise doit conserver une philosophie différente.
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Re: Comment sauver la Doyenne ?

Messagepar Svam » 03 Mai 2017, 10:27

Merci. :P

Pour la référence à l'Amstel sur la V3 c'est surtout au niveau du schéma avec un gros secteur clé puis une fin sur des côtes plus "innocentes" (comme Geulhemmerberg et Bemelerberg). Le tracé chamboule-tout est volontairement provocateur mais il reste chargé d'histoire : le col du Stockeu, Wannerenval, les Hézalles, Lorcé et Redoute sont des côtes historiques de LBL mais plutôt période pré-1999 (qui est un peu l'année de la bascule avec le numéro de VDB dans St-Nicolas :o ). Sachant aussi que la rue de la Drève est en fait un raccourci (donc plus pentu) plus étroit de la côte des Forges, on pourrait très bien appeler cette bosse "nouvelle côte des Forges" dans un souci marketing :noel:
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Re: Comment sauver la Doyenne ?

Messagepar slash, enfin presque » 04 Mai 2017, 10:40

Durcir les 2 premiers tiers de courses + ton parcours V2 + 6 coureurs par équipes et la on aura du vrai cyclisme!
Même si ça venait à arriver en petit comité, les sprinteurs/ punchers style matthews seraient cuits et les gros punchers en auraient un peu plus dans le ventre ce qui équilibrerait un éventuel sprint!
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