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Vendredi 11 mars, il passait la ligne en vainqueur. Rien d’exceptionnel jusque-là, sauf que c’était pour Fernando Gaviria à l’occasion de sa première course World Tour, Tirreno-Adriatico, sur le premier sprint massif de la semaine. Brillant à San Luis dès janvier, champion du Monde sur piste pour la deuxième année de suite, encore brillant sur le discret Tour de Pologne : Gaviria est en train de se faire un nom dans le cyclisme. Son explosion médiatique auprès du grand public ne semble plus qu’une question de temps, alors qu’il pourrait bien devenir champion olympique dès ce lundi (sur l’omnium). Mais qui est le Colombien ?

Gaviria, c’est avant tout un surdoué de la petite reine. A peine avait-il passé la ligne de la troisième étape de Tirreno-Adriatico en vainqueur, que les termes « génie », « futur grand » ou « prodige » fleurissaient. Difficile de leur donner tort. « Dis-moi qui tu bats, et je te dirai qui tu es », dit un célèbre adage dont la parenté s’est perdue à force de répétitions. Tentons quand même le coup. Sur Tirreno-Adriatico, citons Modolo, Nizzolo, Sagan et Viviani, par exemple. Pour ces deux derniers, c’est même la deuxième fois de l’année, après le Tour de San Luis, en janvier. Vous voulez d’autres noms ? Mark Cavendish avait déjà constaté la vitesse du Colombien, qui l’avait battu deux fois sur le Tour de San Luis 2015, il y a déjà plus d’un an. Même chose pour André Greipel et Edvald Boasson Hagen, sur le Tour de Grande-Bretagne, en septembre 2015, cette fois, que Gaviria avait couru en équipier de Cavendish sous les couleurs d’Etixx-Quick Step, dont il était à l’époque stagiaire (bien que son contrait soit alors déjà signé). Greipel, Cavendish, Sagan…ces noms, les amateurs de cyclisme les connaissent bien, très bien. Et pour cause, ces hommes représentent, à eux trois, deux titres de champions du Monde sur route et 78 étapes de Grands Tours. Maintenant, il va falloir s’y faire : à côté d’eux, on verra de plus en plus souvent le nom de Gaviria.

 

Gaviria, c’est aussi un coureur atypique. Ceux qui ont suivi les Championnats du Monde de cyclisme sur piste, à Londres, ont pu en avoir la preuve, lorsque son nom a brillé sur l’omnium. Tenant du titre après son sacre, l’an dernier, en France, Gaviria a réédité l’exploit, avec les Jeux de Rio en ligne de mire où il sera logiquement le favori dans sa discipline. Les coureurs qui alternent route et piste ne sont pas rares, c’est vrai. A Londres, sur le seul omnium, certains des principaux adversaires du Colombien s’appelaient Roger Kluge, Elia Viviani ou Mark Cavendish. Ce qui est beaucoup plus rare, en revanche, c’est de voir un coureur enchaîner piste et route avec une telle facilité. Car, non-content d’avoir couru en France entre les 23 et 25 février (sur le Tour La Provence), sur la piste de Londres les 5 et 6 mars pour les Mondiaux, et de revenir sur route dès le 9 mars sur Tirreno-Adriatico, Fernando Gaviria a gagné à chaque fois. Une étape en Provence, une en Italie, et le titre mondial (certes, à égalité avec les deuxième et troisième, dans un final sous très haute tension), tout ça en à peine plus de deux semaines. Et, qui sait, peut-être aurait-il ajouté une très grande victoire à son jeune palmarès si une chute ne l’avait pas privé de sprint sur Milan-San Remo, en mars. 

 

Mais Gaviria, c’est également une trajectoire particulière. Né près de Medellin, en Colombie, le jeune Fernando avait, durant son enfance, plus de chances de devenir trafiquant de drogues que cycliste. Un an avant que Fernando Gaviria ne voie le jour, un certain Pablo Escobar (dont la mère s’appelait Gaviria, justement) domine la ville située dans le département d’Antioquia. Le coureur d’Etixx-Quick Step ne naît que neuf mois après la mort du célèbre narcotrafiquant. Encore aujourd’hui, Medellin est plus connue pour son cartel, qui a employé des dizaines de milliers de personnes, que pour ses pistes cyclables. Pourtant, c’est bien sur un vélo que le Colombien a trouvé sa voie. Et, là encore, il n’a pas fait comme les autres. Quels Colombiens connaît-on, finalement ? Carlos Betancur, Nairo Quintana, Sergio Henao sont des grimpeurs. Esteban Chaves, Fabio Duarte ? Des grimpeurs aussi. Luis Herrera, grand coureur des années 80 ? Ses deux maillots à pois sur le Tour de France nous mettent sur la voie. Incontestablement, la Colombie est, et a toujours été, un réservoir à grands grimpeurs. Fernando Gaviria fait donc figure d’exception. Certes, Leonardo Duque a eu, également, une belle pointe de vitesse. Mais Gaviria est le premier à réitérer sur profil plat les réussites qui ont fait la réputation des Colombiens en montagne. Et c’est en ça que réside toute sa particularité.

 

Finalement, que sait-on de Fernando Gaviria, 21 ans ? On a commencé à le connaître il y a 18 mois, sur le Tour de San Luis. On avait eu la certitude d’entendre à nouveau parler de lui quand sa signature définitive chez Etixx, pour deux ans, avait été annoncée, à peine un mois après sa victoire sur Cavendish. On a continué de découvrir son existence au gré de ses victoires, en tant que stagiaire puis comme coureur officiel chez Etixx. On sait pourtant peu de choses de lui, à l’exception de ses victoires devant les plus grands noms du sprint, et d’une endurance hors normes, comme l’a démontré sa présence dans le groupe de tête dans le final de Milan-San Remo. Maintenant, il va falloir s’habituer à voir son nom tout en haut des classements, car, à 21 ans, il est peut-être parti pour une très grande carrière. Dès lundi, avec le final de l’omnium ?

 

Kenan

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Modérateurs: Geraldinho, bouri

Re: Gaviria, le Colombien qui gagne sur le plat

Messagepar Nephilim66 » 06 Déc 2016, 13:02

Merci pour cet article !
Espérons que Fernando confirme, un peu de concurrence au vieux continent ca fait pas de mal !
Et puis quel talent à son age ! :shock:
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Nephilim66
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