Écrit le par dans la catégorie Analyses, Coup de bordure.

L’année 2015 a été riche en émotion. Pas de grandes nouveautés cela dit, le commentaire est le même chaque année. Côté français, 2015 est jalonnée de nombreux exemples, de Thibaut Pinot à Alexis Vuillermoz, de Julian Alaphilippe à Nacer Bouhanni. Mais quid de 2016 ? Tour d’horizon plein de mauvaise foi des meilleures chances françaises pour la saison à venir, à travers leurs résultats de 2015.

Là encore, la très forte concurrence internationale en matière de classiques vallonnées pourrait ne laisser que peu de chances à nos petits français. Mais c’était sans compter sur les révélations inattendues de l’année 2015, qui augure de très (trop ?) bonnes choses pour la saison à venir. L’éclosion sur le devant de la scène des peu connus Alaphlippe et Vuillermoz ouvre la porte à des espérances loin d’être envisagées il y a encore quelques années, où les puncheurs français se faisaient très rares. Mais entre jeune génération, progression linéaire, désir de revanche et chant du cygne, les Bleus ont toutes leurs chances de bien figurer pour 2016.

 

Julian Alaphilippe

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Julian Alaphilippe sur le podium de Liège-Bastogne-Liège pour sa deuxième année chez les professionnels !

 

Voilà LA révélation française en 2015. Sorti de nulle part (ou presque, seuls les aficionados avaient remarqué ses prestations prometteuses les années passées), le jeune Julian a, du haut de ses 23 ans, épaté son monde. Il a surtout marqué les esprits de l’univers cycliste lors de ses magnifiques mois d’avril et mai. Alors au top de sa forme, il prouve à tous les observateurs qu’il faudra bien compter sur lui dans les années à venir. Après un début de saison 2015 en douceur, et une deuxième place au Tour de Catalogne fin mars, il arrive frais et en pleine forme pour la campagne des classiques vallonnées. Si son rôle initial était sûrement d’accompagner son champion du monde de leader Michal Kwiatkowski le plus loin possible, le jeune coureur a déjoué tous les pronostics en surpassant de la tête et des épaules le polonais désormais parti chez les Anglais de Sky. Sauf sur l’Amstel, où il joue jusqu’au bout son rôle de lieutenant en apportant sur un plateau d’argent la victoire à son leader. Le Français terminera lui à une excellente 7e place. Une très belle performance qui aurait suffi à elle seule à faire de lui un outsider. Ses prestations sensationnelles sur la Flèche Wallonne et la doyenne Liège-Bastogne-Liège en font aujourd’hui un vainqueur potentiel. Deuxième des deux courses, il n’a été supplanté que par le vétéran roublard et habitué des classiques Alejandro Valverde. Si l’Espagnol s’est avéré plus fort, Julian aura tenu jusque dans les derniers mètres. Assez pour que toute la France y croient debout. D’autant que ses bons résultats ne s’arrêtent pas là. Lors du Tour de Romandie, il monte sur deux podiums d’étapes vallonnées, derrière l’intouchable local Albasini. Mais c’est surtout son courage et sa détermination lors du moins réputé Tour de Californie qui forgent déjà sa (très jeune) légende. 3e à San José, 3e encore du CLM individuel de Big Bear Lake, il remporte de main de maître l’étape reine montagneuse du Mont Baldy. Si la victoire finale au général est à sa portée, c’était sans compter sur un autre déterminé, Peter Sagan. Le podium du Slovaque lors de l’ultime étape lui offre les bonifications nécessaires lui permettant de dépasser d’un cheveu Julian Alaphilippe, qui se contentera de sa 2e place finale et du maillot de meilleur jeune. Sa fin de saison perturbée par la maladie et les blessures n’occultent en rien le potentiel démontré. 2016 ne sera pas aussi simple. Le gaillard sera désormais surveillé de près. Et alors que Kwiatkowski a quitté le navire Etixx, un autre grand spécialiste des classiques est venu le remplacer : Dan Martin. Pour se faire dominer par Julian à son tour ? L’histoire pourrait bien se répéter…en mieux !

 

Résultats 2015 : inattendus mais brillants

Pronostic 2016 : refaire les mêmes podiums serait déjà énorme

Commentaire : éviter de prendre la roue de son poissard de leader-glisseur Dan Martin

 

Alexis Vuillermoz

 

Lui non plus n’était pas attendu. Pas du tout. Et pourtant, son accélération fulgurante dans Mûr-de-Bretagne lors de la 8e étape du Tour de France restera à jamais gravée dans l’esprit de tous les amateurs de belles images de vélo, et également de Chris Froome, qui n’a pu que le regarder partir. Peu connu du grand public, Alexis aborde la saison 2015 avec comme plus grand fait d’arme une 11e place au classement général du Giro 2014, et quelques placettes sur des courses par étape de seconde zone. Répertorié en tant que grimpeur, Alexis s’est découvert de meilleurs talents lors de la saison 2015. Première indication lors de la 4e étape de Tirreno-Adriatico, et une 4e place derrière les spécialistes que sont Joaquin Rodriguez et Rigoberto Uran. Son anonyme 54e place à l’Amstel ne laisser rien présager de sa très belle 6e place trois jours plus tard sur la Flèche Wallonne. Vainqueur avec brio du Grand Prix de Plumelec, il peaufine sa préparation au Tour sur le Dauphiné, au service de son leader Romain Bardet. Ce dernier, excellent puncheur lui aussi, aurait très bien pu figurer dans cette liste des chances 2016. Néanmoins, son statut d’unique leader sur les courses par étape avec le recul pris par Jicé Péraud laisse une place de leader sur les classiques à Alexis chez AG2R. Plus de problème de riche donc, et le Jurassien pourra exprimer tout son talent entrevu lors de la dernière Grande Boucle. Si sa victoire à Mûr-de-Bretagne résonne toujours, sa 3e place au mythique Mur de Huy lors de la 3e étape était déjà exceptionnelle. S’il termine sa saison en douceur, il se paie tout de même le luxe de s’imposer sur la course « d’essai » du parcours des futurs Jeux Olympiques, ainsi que deux tops 15 au Grand Prix de Montréal et en Lombardie. Surnommé Pikachu pour ses attaques éclairs (demandez à Froomy), l’ancien Vététiste doit tout de même prendre garde. A bientôt 28 ans, il n’est plus de la toute première jeunesse, contrairement à ce que les traits de son visage laissent paraître. SI le potentiel est bien là, il n’est sûrement pas loin d’avoir atteint son apogée. A Alexis de nous démontrer qu’il est capable d’encore mieux, alors que les principales ardennaises sont inscrites à son programme avant le Tour.

 

Résultats 2015 : inattendus mais brillants (bis)

Pronostics 2016 : dominer Bardet sur les classiques, et pourquoi pas une autre petite étape du TdF

Commentaire : attention à ce que l’attaque-éclair ne se transforme pas en coureur comète

 

Tony Gallopin

tony gallopin

Tony Gallopin, l’un des patrons du cyclisme français.

 

Une des valeurs sûres du plateau français ces dernières années. Peut-être un des coureurs les plus polyvalents sur la scène mondiale, même si cette caractéristique l’a probablement desservi lors de ses premières années. Tony a su en faire une force. Présentant déjà un fort potentiel, il a clairement franchi un palier lors de sa splendide victoire sur la Clasica San Sebastian en 2013. Deux saisons se sont écoulées depuis cet exploit, et Tony n’a fait que confirmer ses qualités. Bon flahute, rouleur plus que correct, sprinteur honorable, grimpeur à ses heures et surtout puncheur, c’est le genre cycliste idéal. Et sa saison 2015 a apporté une pierre de plus à ce vaste édifice. Sa course de reprise à l’Etoile de Bessèges l’illustre parfaitement : vainqueur d’une étape vallonnée, 2e du CLM de clôture et 2e du classement final. Un mois plus tard, il réalise une véritable démonstration à Nice lors de l’avant-dernière étape en faisant la nique aux cadors du genre que sont Simon Spilak, Rui Costa ou encore Richie Porte. Ce dernier prouvera tout de même les limites du français en montagne lors du CLM en côte final, où Tony, alors leader du général, s’effondre pour terminer 29e et 6e du général. Mais c’est surtout sur les courses d’un jour qu’il se montre régulièrement, pour terminer souvent placé, rarement gagnant. 9e sur Milan-San-Remo, au pied du podium de la Flèche Brabançonne, 6e de l’Amstel Gold Race et son impressionnant plateau, 2e des championnats de France sur route… Tony reproduira un schéma identique sur les étapes du Tour de France faisant penser aux classiques : 5e au Mur de Huy, 8e lors de l’étape pavée, 6e sur la montée finale du Havre, 5e à Mûr-de-Bretagne ou encore 9e à La Pierre-St-Martin, il enchaîne les places d’honneur pour longtemps rester dans le top 10 du général jusqu’à la 15e étape. Il termine la Grande Boucle à une honorable 31e place finale, reflet de son profil polyvalent. Pour clore ce tableau répétitif, il termine 4e du parcours des JO remporté par Vuillermoz, 8e à Québec et enchaîne deux 7e places aux Championnats du Monde et en Lombardie. Des résultats impressionnants de régularité qui se posent là. Et 2016 démarre de la même façon pour Tony avec une 2e place au classement général de Bessèges. De bon augure pour la suite de la saison ? Espérons le, en essayant de se rapprocher le plus possible du podium, et enchaîner les tops 5 voire 3 plutôt que les tops 10.

 

Résultats 2015 : très bons et réguliers, poursuivez ainsi

Pronostics 2016 : peut passer un nouveau palier et titiller le gratin mondial sur les classiques

Commentaire : avec un programme 2016 quasi identique à celui de 2015, attention à l’effet miroir

 

Arthur Vichot

 

La saison passée est à oublier pour Arthur Vichot. Le champion de France 2013, affaibli par un cytomégalovirus, a traversé 2015 comme un fantôme ou presque. Quelques petites places d’honneur, des abandons et puis s’en va. Pas grand-chose à se mettre sous la dent pour le petit protégé de la FDJ, dont le potentiel n’avait échappé à personne. Après une reprise en douceur en Espagne, Arthur semblait pourtant avoir bien lancé sa saison. De façon honorable tout du moins. 8e à Murcie, 4e de la deuxième étape du Tour d’Andalousie…et l’arrêt. Deux abandons consécutifs sur la Classique Sud Ardèche et la Drome Classic. Sa 12e place au général de Paris-Nice – course à laquelle il avait terminé sur le podium final l’année passée – n’était qu’un feu de paille. Le français qui avait fait des classiques ardennaises son principal objectif tombe alors de haut. Et ses performances déclinent de façon inquiétante. 42e de l’Amstel, 88e de la Flèche Wallone, abandon sur la Doyenne… le coureur de 27 ans tente tout de même de se relancer en Romandie mais ne verra même pas le bout de la troisième étape. Après quasiment deux mois sans courir, il termine à l’avant-dernière place du général au Tour de Suisse, avant d’abandonner de nouveau aux championnats de France sur route. Un calvaire qui se poursuit sur les courses d’un jour : Arthur abandonne également lors de la Clasica San Sabastian, du grand prix de Montreal, de Milan-Torino et en Lombardie… Quelques maigres rayons de soleil ont néanmoins transpercé ces sombres nuages (18e à Québec, 7e en Wallonie derrière son leader de coéquipier Thibaut Pinot), qui prouve que le talent n’a pas totalement disparu en même temps que sa forme. Pour 2016, Arthur doit avoir les dents qui rayent le bitume. Revanchard comme jamais, il doit prouver au monde du cyclisme qu’il a bien sa place parmi les meilleurs puncheurs français (si ce n’est plus), surtout devant l’éclosion des Alaphilippe et consort… Sa 5e place au général de l’Etoile de Bessèges a montré que la forme semblait revenue. Jusqu’à quand ?

 

Résultats 2015 : inexistants ou presque

Pronostic 2016 : prouver aux autres, et surtout à lui-même, qu’il est toujours capable de belles choses

Commentaire : éviter de rouler dans l’ombre de Pinot et des jeunes aux dents plus longues que les siennes

 

Thomas Voeckler

thomas voeckler

Reconverti capitaine de route chez Direct Energie, Voeckler pourra t-il partir sur un dernier coup d’éclat ?

 

Le chouchou du public français est reparti pour une nouvelle saison. Bientôt 37 ans, toutes ses dents, mais moins de talent, c’est indéniable. Ou moins de jambes. Car s’il s’est principalement mis au service de ses coéquipiers lors de la saison 2015 (Coquard, Rolland, voire même Gautier), c’est aussi parce qu’il n’a plus les mêmes capacités à s’imposer. Celui qui a fait rêver toute une génération de supporters sur le Tour de France à presque dix ans d’intervalle est aujourd’hui devenu un capitaine de route. L’expérience parle plus que la forme, même s’il faut tenir le coup sur 94 jours de course (9e bilan mondial en 2015). Un rôle capital dans une équipe, mais qu’il devra partager cette saison chez Direct Energie avec Sylvain Chavanel, revenu faire une dernière pige avec Jean-René Bernaudeau. Les résultats de « Ti’Blanc » en 2015 sont loin de ce qu’il avait pu réaliser les années passées. Seuls éclairs en 2015, une 3e place sur l’étape vallonnée d’Angers sur le Circuit Sarthe Pays-de-Loire et une 6e place aux championnats de France. Thomas se surpasse quand même lors du Tour du Yorkshire, qu’il termine à une belle troisième place au général, et comme au bon vieux temps, en terminant 5e de l’étape du Tour à Cauterets remportée par Rafal Majka. Une ultime deuxième place finale lors du Tour du Gévaudan en fin de saison clôt cette année clairement en déclin pour « le Grimaçant ». Preuve supplémentaire, sa non-sélection aux championnats du monde de Richmond. Alors, 2016, année de trop pour Thomas Voeckler ? Pas s’il se sent en jambe. Son vécu et son expérience de course sont toujours profitables aux jeunes coureurs. D’autant qu’en « vieux » renard qu’il est, il pourrait tout à fait saisir sa chance et s’imposer en solitaire…sur une classique, ou pour une ultime étape du Tour qui sait ?

 

Résultats 2015 : sur la pente descendante

Pronostic 2016 : un dernier coup d’éclat pour partir avec le sourire

Commentaire : prendre des leçons avec Jean-René pour la suite

 

Brice-Alexandre Roboam

 

Crédit Photo : Guillaume Zaracas & Ronan Caroff / Serena Grace via flickr.com / Jeremy Gunther via wikimédia commons
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Re: Les chances françaises en 2016 - Puncheurs

Messagepar Yoken » 12 Fév 2016, 01:09

Euh vous y croyez sérieusement pour Voeckler ? :moqueur:
Je vois bien Vichot re-faire une belle saison personnellement ...
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Re: Les chances françaises en 2016 - Puncheurs

Messagepar Felagund » 12 Fév 2016, 11:15

C'est sûr que Bardet, Barguil et même Pinot sont plus puncheurs que Voeckler mais je suppose que vous ne les avez pas cités parce qu'on en parle déjà dans l'article des grimpeurs.
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