Écrit le par dans la catégorie Cyclo-Cross, Hors-catégorie.

Le cyclocross français est un trompe l’œil. Derrière les performances régulières à l’international se cache un manque de structures et de moyens qui limite tout développement de la discipline. Alors que les initiatives se multiplient un peu partout à l’étranger, et que la popularité de ce sport semble s’accroître, la France demeure figée dans un modèle déficient.

Un cyclocross français invisible, replié sur lui-même

Un cas emblématique des problèmes du cyclocross français est la coupe de France. Là où tous les autres challenges s’efforcent de proposer un nombre conséquent d’épreuves et de courses récurrentes qui marquent leur identité, comme Zonhoven pour le Superprestige, la Coupe de France ne propose que trois uniques manches, et qui de plus varient tous les ans, empêchant la création de rendez-vous pour les coureurs et les fans. Elle semble aussi se complaire à se refermer sur elle-même. Que ce soit par les grilles de départ fixées par le classement de la Coupe de France et non par le classement UCI comme partout ailleurs, ou le fait que seuls les Français puissent y marquer des points, les coureurs étrangers n’y ont pas leur place, ce qui réduisant la participation au seul contingent français, créée vite des situations de déséquilibre comme cette année où Clément Venturini n’a jamais été inquiété sur les trois manches. Se privant d’un beau plateau international, elle limite ses possibilités de développement et de la possibilité de renforcer l’attrait du public.

Dans une interview accordée à vélo101, Francis Mourey racontait comment lui et quelques coureurs avaient pris à partie les responsables de la fédération française lors des Championnats du monde de 2014 afin d’élargir la Coupe de France, et surtout de lui donner une couverture télévisée. « Tout était mis en place. Nous avions contacté les organisateurs de cross internationaux en France, ils avaient approuvé l’idée de se regrouper pour former un grand challenge. […] Mais depuis deux ans, nous attendons une réponse de la fédération. » Même reproche du côté de Steve Chainel : « Je pense qu’il serait possible d’organiser un vrai circuit français comparable à ce que l’on trouve en Suisse ou en Belgique avec les organisateurs de Nommay, Dijon, Liévin, La Mézière, etc. Seulement, chacun fait son petit bout de chemin égoïstement. Si on veut des médailles internationales, ça passe par une vraie cohérence. Aujourd’hui, il n’y en a pas dans le calendrier. » Là où d’autres challenges font leur place sur le plan international comme l’Ekz cross tour en Suisse, permettant par leur plateau international d’attirer l’intérêt du public et de relancer la discipline dans un pays où le VTT accapare les meilleurs coureurs.

En France, aucun effort ni moyen ne semble mis à l’œuvre pour conserver une présence forte dans une discipline qu’elle a pourtant inventée. Si chez les jeunes le cyclocross est très populaire, avec des participations record à la coupe de France (notamment en cadets), dès l’entrée dans les catégories supérieures les pelotons s’amenuisent. Les meilleurs coureurs partent sur la route à la recherche d’une stabilité professionnelle. D’autres tentent de suivre leur passion dans les rangs amateurs mais doivent souvent rapidement raccrocher comme les champions de France Aurélien Duval et Clément Lhotellerie. La faute en revient à l’absence d’équipe française pour le cyclocross comme en Belgique, absence largement liée à un manque de visibilité due à l’inexistence des diffusions TV des cyclocross français. Aucune chance d’attirer un éventuel sponsor.

Audrey Menut

Le cyclocross français féminin, un énorme potentiel non encouragé !

 

Une discipline à promouvoir

Pour Francis Mourey : « On peut filmer un cyclo-cross avec dix à quinze caméras. On a déjà vu des manches de Coupe de France diffusées localement, comme ce fut le cas à Besançon ou à Saint-Etienne-lès-Remiremont, ou sur Internet, comme ce sera le cas pour les Championnats de France où toutes les épreuves seront diffusées. » Ni la FFC ni les organisateurs ne semblent très pressés de mettre en place des directs vidéos, et les chaînes ne se précipitent pas pour diffuser les courses déjà couvertes ou mettre en place de nouvelles productions. Le cyclocross est pourtant une discipline parfaitement taillée pour la télévision, avec sa durée fixe d’une heure et son côté spectaculaire. En hiver ni le VTT ni la route ne font concurrence à cette discipline cycliste qui a parfaitement de quoi devenir un incontournable du week-end comme en Belgique où les courses font de grosses audiences chaque semaine. Les audiences du Championnat de France semblent d’ailleurs confirmer qu’il y a une niche intéressante pour les télévisions : 900.000 spectateurs l’an dernier.

Deux exemples peuvent inspirer la France dans la recherche d’un nouveau modèle : les États-Unis et la Suisse. Les Etats-Unis proposent un modèle très différent du cyclocross européen. Les courses y ont souvent lieu sur deux jours, avec un enchaînement d’épreuves toute la journée où les coureurs de tous niveaux se mélangent allègrement, pouvant aboutir à des pelotons de près de 200 coureurs sur certaines courses. En résulte une ambiance festive et la présence d’un public motivé et connaisseur composé en large partie des participants des autres courses. « L’ambiance aux États-Unis est particulière. Je m’éclate là-bas ! C’est une grande famille. Pros, hommes comme femmes, sont considérés de la même manière, ce qui est toujours sympa » raconte Caroline Mani. « L’ambiance est plus conviviale. Il y a moins de tension. En Europe, c’est la compétition, c’est chacun dans sa tente, et personne ne se parle. »

clément venturini

A l’image du format de la Coupe de France, le cyclo-cross français doit évoluer.

Plus proche de notre modèle actuel, l’Ekz Cross Tour connaît une croissance d’année en année. La saison 2015-2016 a vu le passage de la compétition à cinq manches, et la première diffusion vidéo en direct, sur Youtube, le 2 janvier dernier à l’occasion de la manche finale à Meilen. Le challenge suisse n’a pourtant que deux ans mais a su par la qualité de son organisation déjà attirer certains des meilleurs mondiaux, y compris belges comme Laurens Sweeck, numéro 5 mondial, ou Michael Vathourenhout. « Nous avons eu des contacts avec des Belges, certains disent « mon prix c’est 800 euros » puis je réponds que je ne peux le payer que 300 euros. C’est simple. S’il veut venir il vient. S’il ne veut pas il reste chez lui. C’est difficile de trouver un compromis car nous avons vraiment beaucoup de demandes à l’heure actuelle. Les demandes explosent depuis la création du challenge. » déclare Christian Rocha, organisateur du challenge, dans une interview accordée à Labourés Magazine. Les primes d’engagement sont un sujet assez tabou en France, et absent de la Coupe de France. Le cyclocross de la Mezière en Bretagne a pourtant réussi à attirer Diether Vanthourenhout de cette manière, ce qui a pu offrir un superbe duel avec Clément Venturini. Surtout, à l’image de la Suisse qui attire les coureurs italiens, tchèques ou français, une Coupe de France étendue pourrait également se poser en alternative sérieuse à la Belgique.

On en revient systématiquement à ce constat : le cyclocross français doit évoluer. Et là où les autres pays ont une volonté de développement à long terme, la Coupe de France et les sélections pour les coupes du monde où les élites participent en autonomie donne le ton : tout pour les jeunes, rien pour la professionnalisation. « En équipe de France, on se déplaçait ensemble, on faisait les Coupes du Monde, les stages. C’est ce qui a fait qu’on s’est retrouvé devant au niveau mondial » se souvient Caroline Mani. « Il faudrait créer une dynamique. C’est ce que l’on avait avant, mais que l’on n’a plus, car on ne se voit plus ! On se croise, mais c’est tout. La veille de la Coupe du Monde à Namur, j’étais à table au restaurant et je voyais les Allemands. Ils étaient tous ensemble… […] À l’époque, quand on faisait des stages, il y avait une vraie émulation, un vrai groupe. Quand un Junior faisait une performance le matin, ça nous boostait ! »

Comme le constate Nicolas Bazin : « En France, on a du mal à être reconnus comme des sportifs de haut-niveau, car le cyclocross n’est pas olympique. » On en revient toujours au problème : le développement du cyclocross n’est pas une priorité. Ce qui est regrettable au vu du potentiel médiatique de la discipline et des possibilités pour la France d’y briller. « En France aujourd’hui, c’est le problème : il y a des gros pelotons de jeunes sur les manches du Challenge National, et ensuite, malheureusement, les meilleurs partent sur la route. Ils sont tout simplement obligés de gagner leur vie. Soit on devient pro, soit on trouve un travail en dehors du vélo. ».

Par Johann

Crédit Photo : Ronan Caroff via Flickr.fr

Sources : 
Nicolas Bazin http://www.velochrono.fr/actu/2014/le-cyclocross-comme-un-sous-sport-de-la-route/
Steve Chainel http://www.velo101.com/cyclo-cross/article/interview-de-steve-chainel--13349
Francis Mourey http://www.velo101.com/cyclo-cross/article/interview-de-francis-mourey-(22)--13586
Caroline Mani http://www.velo101.com/cyclo-cross/article/interview-de-caroline-mani--9116

http://laboures-magazine.fr/index.php/2015/10/03/focus-sur-les-challenges-uci-2015-2016/
http://www.mediasportif.fr/2015/12/23/pas-de-diffusion-des-championnats-du-france-de-cyclo-cross/
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Modérateurs: Geraldinho, bouri

Re: Le cyclocross français : un modèle en crise

Messagepar halvard » 09 Jan 2016, 22:32

Triste constat en effet, vivement que le cyclo-cross français évolue :?

Un article bien écrit sinon, content d'y retrouver encore une fois mes photos :D
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halvard
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