Écrit le par dans la catégorie Féminines, Hors-catégorie.

Du 2 au 7 septembre aura lieu le Tour cycliste féminin international de l’Ardèche, une des rare course par étapes montagneuse du cyclisme féminin. Créée en 2003, elle a su s’imposer dans le calendrier et affiche de grands noms à son palmarès comme Edita Pučinskaitė, ou Emma Pooley. En 2015, l’épreuve propose quelques nouveautés avec une étape inédite en Lozère, avec la première arrivée en altitude de l’histoire de la course. Pour l’occasion, le Gruppetto s’est entretenu avec Alain Couréon, créateur et directeur de la course.

Pourquoi la création d’un Tour Cycliste féminin de l’Ardèche ?

Je suis un ancien cycliste qui s’est tourné ensuite vers le vélo féminin. Je voulais une course en Ardèche pour défendre le cyclisme féminin qui en a grandement besoin car méprisé et délaissé par tout ce qui est grands médias.

Donc, dès la base, ce n’était pas une volonté de promotion touristique, mais de créer une course féminine…

Bien évidemment, la course permet aussi au monde entier de porter l’attention sur notre département, un département merveilleux prédisposé au vélo. On a commencé sur quatre étapes et petit à petit on est monté, et maintenant la course se joue sur sept étapes.

D’où sont venus les fonds nécessaire au financement de l’épreuve ?

Tout d’abord du conseil départemental de l’Ardèche. Je ne pouvais pas me lancer dans une aventure de ce genre sans avoir déjà le soutien du département. Après il y a les villes qui financent un départ/une arrivée. Et puis évidemment le gros de l’affaire ce sont les sponsors privés que nous devons chercher à longueur d’année pour pouvoir boucler le budget de la course.

Et actuellement, le budget de la course c’est ?

270 000 euro.

N’y a-t-il que des bénévoles pour encadrer la cours ou faites-vous aussi appel à la gendarmerie ?

Nous sommes 550 bénévoles en tout. Chez nous personne n’est rémunéré. Et nous avons besoin de véhicules de la gendarmerie, car nous avons certains portions d’étapes privatisées. Sauf qu’ils ne sont pas bénévoles eux.

Où sont hébergées les coureuses durant votre épreuve ?

Elles sont toutes logées dans des mobile-home, dans le camping le Ranc Davaine, à Saint Alban Auriolles, à côté de Ruoms. Les filles sont regroupées par équipes. Ce sont des mobile-home tout neufs, dans un camping cinq étoiles. Quand on héberge vingt-cinq équipes, ça fait 150 concurrentes. Il y a un directeur sportif, un mécano et un masseur… Donc 75 personnes de plus. Plus les suiveurs extérieurs aux équipes. Plus 55 motos sécurité. C’est très lourd, il faut suffisamment de place pour tout ce monde-là.

Dans l’Équipe magazine du 25 juillet, Pauline Ferrand-Prévot disait ne plus venir sur la Route de France à cause de l’hébergement… Pensez-vous que pour certaines équipes c’est un frein d’être dans un camping plutôt qu’à l’hôtel ?

Il vaut mieux être dans un mobile-home neuf et cinq étoiles, plutôt que dans un hôtel de mauvaise qualité. Aussi, elles sont hébergées toute la semaine au bon endroit. Elles se posent, elles s’installent, et reviennent le soir. A l’hôtel il faut refaire sa valise à chaque fois, ranger de nouveau… c’est beaucoup plus contraignant. Et puis quand vous parlez de la Route de France c’est une épreuve différente. Nous organisons une course pour les filles, nous n’organisons pas une course pour gagner de l’argent.

C’est-à-dire ?

Je pense que c’est assez explicite comme ça.

Bien. Sinon, sur le choix des parcours ? Faites-vous le tracé selon vos envies ou dépendez-vous des communes volontaires à l’accueil de la course ?

Un peu des deux. Il faut déjà trouver les villes. Nous avons des communes qui sont fidèles : je pense à Cruas ou à Villeneuve-de-Berg qui sont avec nous depuis le départ. Sur ces villes-là on est à peu près tranquille. Pour le reste certaines villes ne peuvent pas accueillir la course toutes les années. Bon, maintenant on a la chance d’être connus, et même reconnus. On a inversé la tendance : au début on galérait pour trouver des départs ou des arrivées. Maintenant il y a certains villes qui se proposent d’elles-même.

La montagne, un des atouts du TCFIA

La montagne, un des atouts du TCFIA

Sur les dernières années, le parcours a été étendu à la Drôme, et pour cette année à la Lozère. C’est pourtant le Tour cycliste féminin de l’Ardèche ?

Je vais vous poser une question. Comment se fait-il que le Tour de France passe en Belgique, en Hollande, en Italie, en Espagne, en Angleterre ? Pourtant c’est le Tour de France.

Le Tour en Angleterre c’était intéressant, non ?

Oui. Mais je pense que notre étape en Lozère sera très intéressante.

D’ailleurs, sur cette étape, il y a le col du Pré de la Dame, un col hors-catégorie. On a l’impression en regardant le parcours 2015 que le tracé était plus dur que les années précédentes. Y a-t-il eu une volonté de durcir la course ?

Non. Je ne pense pas que ce soit plus dur. Je pense que c’est un petit peu différent dans la mesure où pour la première fois nous allons avoir une arrivée « en haut ». Puisque des cols nous en avons en Ardèche mais on monte et on redescend à chaque fois. C’est une première, une arrivée en altitude, et certaines filles vont apprécier.

Vos arrivées sont généralement en plaine, mais voient les filles arriver par petits groupes.

Le département de l’Ardèche est « un peu » montagneux. Nous avons très peu de plat, et le peu qu’on a se situe en bordure du Rhône, donc sur une voie très fréquentée que nous évitons de prendre car trop dangereuse. Et puis si nous avons beaucoup de bosses et de montagne, nous n’avons pas une arrivée qui puisse se faire en altitude comme en Lozère.

La préfecture vous empêche-t-elle de prendre certaines routes ?

Je touche du bois puisqu’on a jamais eu un refus ou quoique ce soit. De temps en temps on demande une privatisation de la route, et ça a d’ailleurs été une première sur une course féminine d’avoir une route privatisée. Ça fait déjà cinq ans qu’on arrive à avoir des routes privatisées. Côté préfecture on a aucun soucis. On s’en félicite en Ardèche.

Pour ce qui est de la participation, en 2015 l’équipe Wiggle-Honda est absente. Votre épreuve ne manque-t-elle pas de noms d’envergure cette année, comme Emma Pooley ou Nicole Cooke sur certains éditions ?

Je ne pense pas qu’on manque de grands noms. Ces deux coureuses ont fait leur temps. On a quand même un palmarès assez impressionnant. A peu près toutes, à part Vicki Whitelaw (ndlr : vainqueur en 2010), sont des championnes du monde, des championnes d’Europe… Et même plusieurs fois championnes nationales. Cette année nous avons 31 nations différentes. C’est un record. Et dans le lot 21 championnes nationales. La championne d’Europe, la championne d’Océanie…

Et vous avez beaucoup de sélections nationales.

Bien sûr au début ça a été un peu dur, nous n’avions pas beaucoup d’équipes nationales, puis la renommée de la course et la qualité de l’organisation faisaient que de plus en plus d’équipes nationales venaient chez nous. Je pense que nous avons la plus grosse représentation d’équipes nationales, pas seulement au niveau français, mais même mondial.

Aussi, vous avez beaucoup d’équipes italiennes. Mais ne regrettez-vous pas l’absence d’équipes néerlandaises ou belges ?

Bien qu’on ait eu souvent l’équipe nationale belge, il manque l’équipe néerlandaise parce qu’il y a une autre Tour en même temps (ndlr : le Boels Rental Ladies Tour). L’argent est difficile à trouver, ça devient de plus en plus dur, et c’est plus facile de rester chez soi. D’autant que la fédération nationale néerlandaise fait beaucoup pour le cyclisme féminin. Voyez-vous, ce qui m’étonne un peu c’est l’absence de l’équipe nationale française. Quand j’entends le président de la fédération nationale française dire qu’il veut défendre le cyclisme féminin et qu’il n’envoie pas d’équipe de France sur le Tour de l’Ardèche ou sur le Tour de Bretagne, ça fait tâche. Quand on a envoyé une invitation, on nous a répondu qu’il n’y avait pas les moyens techniques et financiers de venir en Ardèche. Pourtant ils sont allés faire le Tour de Chine (ndlr : Tour of Chongming Island) ou le Tour de Tchéquie.

Pour finir, dernière question. Pensez-vous que les organisateurs du cyclisme féminin ont tendance à éviter la montagne et la difficulté, et de faire des parcours trop faciles ?

Il y a déjà le relief. Certains ne peuvent pas faire autrement. En Hollande, ça manque de côtes. Et pour le reste, ce sont les organisateurs qui ne connaissent pas bien le cyclisme féminin ou qui ont peut-être peur. Mais si on veut que le cyclisme féminin soit reconnu, il est évident qu’il faut faire des courses avec des bosses. Le Tour de France ne serait pas le Tour de France sans la montagne. Je pense que pour le cyclisme féminin c’est exactement la même chose. Encore faut-il, quand on est organisateur de course, connaître ce qu’est la course.

par bullomaniak ; crédit photo : tcfia.org
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Modérateurs: Geraldinho, bouri

Re: "une course en Ardèche pour défendre le cyclisme féminin

Messagepar Mayoj » 02 Sep 2015, 13:13

Le tacle à la Route de France 8)
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Re: "une course en Ardèche pour défendre le cyclisme féminin

Messagepar Schleckpower » 02 Sep 2015, 13:34

Très bonne interview :up
Par contre j'ai relevé une légère faute, il manque un "s" à "270 000 euros" ;)
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Re: "une course en Ardèche pour défendre le cyclisme féminin

Messagepar bullomaniak » 02 Sep 2015, 13:37

Schleckpower a écrit:Très bonne interview :up
Par contre j'ai relevé une légère faute, il manque un "s" à "270 000 euros" ;)


On met pas de s à euro. :prof:
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Re: "une course en Ardèche pour défendre le cyclisme féminin

Messagepar Tilo » 02 Sep 2015, 13:42

bullomaniak a écrit:
Schleckpower a écrit:Très bonne interview :up
Par contre j'ai relevé une légère faute, il manque un "s" à "270 000 euros" ;)


On met pas de s à euro. :prof:



Au pluriel, "euro" et "cent" sont soumis aux règles de la grammaire française. S'ils varient en nombre, on leur ajoute un s : un euro, deux euros, cent euros et trois cents... On notera cependant que sur les billets de banque, euro ne prend pas de s car les règles d'accord du pluriel des pays où circulent les pièces et les billets ne sont pas toujours les mêmes qu'en français.
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Re: "une course en Ardèche pour défendre le cyclisme féminin

Messagepar Mika71 » 02 Sep 2015, 20:43

Mayoj a écrit:Le tacle à la Route de France 8)


Et le tacle à la FFC. 8)
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Re: "une course en Ardèche pour défendre le cyclisme féminin

Messagepar simonzen » 05 Sep 2015, 10:25

L'Ardèche plus beau département de France !! :love: :love: :love:
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