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Le Tour aux Pays-Bas

Avec le départ d’Utrecht, les Pays-Bas accueilleront le Tour de France pour la neuvième fois. Ce chiffre est bien inférieur au nombre de passage du Tour en Belgique, en Suisse, en Allemagne, au Luxembourg, en Espagne ou en Italie. Cependant, l’éloignement géographique avec la France fait qu’il s’agit de la sixième édition du Tour à s’élancer de ce pays.

Les passages à l’étranger ont commencé dès 1905, avec une incursion dans la Lorraine occupée par l’Empire Allemand, faisant 2 ans plus tard de Metz la première ville étape étrangère de la Grande Boucle. 40 ans plus tard, pour le premier Tour de l’après-guerre, une étape entre Bruxelles et Luxembourg devient la première étape intégralement courue hors de France.

Les Pays-Bas interviennent en 1954 pour une autre innovation dans ce genre. Après Evian en 1926, puis Metz, Brest et Strasbourg les années précédentes, Amsterdam devient la 5e ville autre que Paris à accueillir le départ du Tour de France. Les Néerlandais s’y retrouvent mis à l’honneur, puisqu’à l’arrivée de cette étape à Brasschaat, dans la banlieue d’Anvers, c’est Wout Wagtmans qui s’impose. Il porte alors le maillot de la sélection nationale, qui n’est pas encore orange, mais blanc, avec une bande bicolore rouge et bleue. Le 5e du Tour précédent brillera moins par la suite, subissant une grosse défaillance vers Lyon, avant d’abandonner dans la descente du Col de la Faucille, à 3 jours de Paris.

Wout Wagtmans 1954

Wout Wagtmans, victorieux lors de la première étape du Tour 1954, partant d’Amsterdam

15 ans plus tard, nouveau passage aux Pays-Bas en cours de Tour, Maastricht est ville d’arrivée d’une étape partant de Belgique et passant par les Ardennes, où s’impose Julien Stevens, alors équipier d’Eddy Merckx, à qui il prenait le maillot jaune. Le cannibale allait le reprendre quelques jours plus tard et ne plus le quitter, écrasant le Tour dès sa première participation.

En 1973, le concept de « Grand Départ » est un peu plus développé, avec le septième prologue de l’histoire. A Scheveningen, ville voisine de La Haye, Joop Zoetemelk s’impose d’une seule seconde devant Raymond Poulidor, ratant encore le maillot jaune de peu. Le lendemain, l’étape est coupée en deux. La première moitié reste Néerlandais, pour être la première arrivée à Rotterdam, avec la victoire du Belge Willy Teirlinck, devançant au sprint ses 12 compagnons d’échappée. Plus tard dans l’après-midi, une autre échappée voit le succès du Français José Catieau, à Sint-Niklaas, en Belgique.

Configuration quasiment identique 5 ans plus tard. Toujours à côté de La Haye, cette fois à Leiden, un autre coureur Néerlandais remporte le prologue, Jan Raas. C’est même une razzia Néerlandaise, puisqu’il devance Gerrie Knetemann, Joop Zoetemelk et Hennie Kuiper. Il faut dire que la pluie battante en début de journée a amené les organisateurs à neutraliser ce prologue, au parcours partiellement pavé. Seules les primes étaient distribuées, Jan Raas n’est ainsi pas en jaune le lendemain, lorsqu’il se fait justice dans la première demi-étape vers Saint-Willebrord, bourgade proche de la frontière Belge, traversée la même journée, pour un succès de Walter Planckaert à Bruxelles. A noter que le 3ème dans la capitale Belge était Jean-François Pescheux, pour ce qui était sa meilleure prestation dans une étape du Tour de France.

Jan Raas 1978

Jan Raas, lors du prologue neutralisé de 1978

Petit saut dans le temps, pour une 5e apparition aux Pays-Bas en 1992, dans le Tour de plus Européen., avec un final par le Cauberg, pour arriver 4 kilomètres après son sommet. En partance de Bruxelles, via un sprint « Europe sans frontières » à Maastricht, la première arrivée du Tour à Valkenburg est pour Gilles Delion, devenant le premier non-Néerlandophone à s’imposer en terre batave. Après le Grand Départ d’Espagne, le Tour prenait ensuite la direction de l’Allemagne avec Coblence, avant de se diriger vers le Luxembourg, puis de faire un passage l’Italie.

En 1996, le prologue fait son retour aux Pays-Bas. La pluie est présente comme à Leiden, mais les écarts sont cette fois bien comptés et c’est le Suisse Alex Zülle qui s’impose devant Chris Boardman à s’Hertogenbosch. Le lendemain, une étape en ligne était disputée autour de la ville, au nom parfois traduit en Français en « Bois-le-Duc ». Le vent dans le final crée quelques petites cassures, mais laisse Alex Zülle en jaune, dans une étape offrant son premier bouquet sur le Tour à Frédéric Moncassin. Ensuite, le Tour ne se contente pas de franchir la frontière, mais traverse toute la Flandre pour arriver en France, à Wasquehal, où les Saeco sont récompensés de leur travail par le succès de Mario Cipollini.

Une décennie plus tard, le Tour revient aux Pays-Bas dans une nouvelle étape à 3 pays, la Belgique étant traversée en provenance d’Esch-sur-Alzette, au Luxembourg, pour une étape aux airs de classique d’avril, sur 217 kilomètres via la Haute-Levée, Oneux, Trintelen ou encore le Cauberg, cette fois situé à 2 kilomètres de la ligne d’arrivée, tracée pour la seconde fois à Valkenburg. Cependant, tout se fait dans cette dernière montée, avec le succès de Matthias Kessel, résistant pour 2’’ au retour du peloton, dans lequel Tom Boonen devenait un des rares champions du monde en titre à devenir maillot jaune. Si aucun gros écart ne s’était au classement général, le Tour perdait un de ses favoris avec Alejandro Valverde, alors porteur du maillot blanc de leader de l’UCI Pro Tour, se fracturant la clavicule. Le Tour ayant évolué, les villes de départ n’étant plus nécessairement celles ayant accueilli l’arrivée la veille, les coureurs quittent les Pays-Bas dans la soirée, repartant directement de Belgique le lendemain.

Enfin, 2010 était le dernier passage du Tour aux Pays-Bas, avec prologue situé dans Rotterdam, faisant passer un autre spécialiste des pavés du maillot arc-en-ciel au maillot jaune. Fabian Cancellara, alors champion du monde du contre-la-montre, écrase la course, battant Tony Martin de 10’’ et David Millar de 20’’, alors que le temps total du Suisse n’était que de 10 minutes pile. Le lendemain, les coureurs quittaient déjà le pays, pour arriver à Bruxelles, comme des décennies plus tôt. Alessandro Petacchi s’y impose au sprint et entaimait un match avec Thor Hushovd et Mark Cavendish pour le maillot vert dont il finira victorieux.

Fabian Cancellara 2010

Fabian Cancellara, lors du prologue de 2010, dernière étape arrivant aux Pays-Bas

Cette année, le Tour retrouve les Pays-Bas, avec un nouveau contre-la-montre, avant une étape inédite dans la Zélande. L’arrivée en Belgique par Anvers est traditionnelle, dès que la Grande-Boucle est aux Pays-Bas ailleurs que dans le Limbourg, pour un passage Belge indissociable du passage Néerlandais. Reste à voir qui sera le premier maillot jaune de ce Tour 2015, et si un coureur local parviendra à s’imposer à domicile, ce qui est attendu depuis 1978.

Les Néerlandais dans le Tour

Si les Belges, Luxembourgeois ou Italiens ont déjà su gagner le Tour bien avant, il faut attendre 1936 pour voir la première participation de coureurs Néerlandais au Tour de France. Cette année là, la Belgique, l’Allemagne et la France ont leur sélection nationale de 10 coureurs (l’Italie en aurait eu autant, mais n’était pas présente pour raison politique) auxquelles il faut ajouter la surprenante alliance Luxembourgo-Espagnole (5 coureurs de chaque). Dans un but d’internationalisation, le Tour de France décrète, en plus des touristes-routiers, cinq sélections nationales réduites : la Suisse, la Yougoslavie, la Roumanie, l’Autriche et donc les Pays-Bas, alors sous la dénomination « Hollande ».

Il ne leur faudra cependant pas attendre longtemps pour remporter une étape, puisque dès le 14 juillet de cette année là, Theo Middelkamp remporte la 7e étape, entre Aix-les-Bains et Grenoble. Il possédait pourtant 9 minutes de retard au sommet du Col du Galibier, monté par le Télégraphe, qui était l’unique col de cette étape de montagne, mais a su faire son retard pour s’impose au sprint dans un groupe de 12 coureurs. Pour l’anecdote, le final de cette étape avait un côté cocassement dangereux. Sensée mettre en avant pour le nouveau stade vélodrome de la ville, il n’a pas été pensé de mettre un accès direct de la route à piste (à l’image de ce qu’on voit à Roubaix, pour citer un exemple que les observateurs actuels peuvent imaginer). Ainsi, les coureurs sont arrivés par un chemin à usage unique, les amenant dans le haut d’un virage.

Theo Middelkamp

Theo Middelkamp, premier Néerlandais vainqueur d’étape sur le Tour

A l’issue de ce Tour, Albert Van Schendel finit 15e, le mieux classé des trois Néerlandais arrivant à Paris. Juste avant la guerre, Jan Lambrichs termine huitième, premier Néerlandais dans le top 10. Accédant ensuite à 5, puis 6, puis 8 inscrits dans l’équipe nationale sur le Tour, les années 1950 marquent un tournant. En 1951, Wim Van Est devient le premier Néerlandais en jaune à Dax. Il doit cependant abandonner le lendemain, tunique jaune sur les épaules, après une chute fameuse dans la descente de l’Aubisque. Tombé dans un ravin de 70 mètres, le néerlandais en ressort miraculeusement avec de simples contusions, même si son Tour s’arrêta là. Van Est reporte le maillot jaune au cours des éditions suivantes, mais entre temps Wout Wagtmans est arrivé, remportant deux étapes en 1953 et terminant 5e du Tour, avant de remporter l’étape démarrant d’Amsterdam l’année suivante.

Les années 1960 sont celles de Jan Janssen. Il y cumule 8 succès d’étapes, les maillots verts en 1964, 1965 et 1967 (seuls Sean Kelly et Erick Zabel en ont ramené plus à Paris) grâce à une régularité dans la plaine, les chronos et la montagne. Il figure également dans le Top 10 de 1965 à 1969, avec notamment un podium en 1966, mais surtout la victoire en 1968, la première d’un néerlandais dans le Tour ! Comme Jean Robic en 1947, sa victoire est acquise sans le port du maillot jaune en course. Janssen possède en effet un retard de 16’’ sur Herman Van Springel avant le contre-la-montre final, qu’il remporte avec 54’’ d’avance sur le Belge. Ce dernier Tour par équipes nationales, qui était également le premier à s’achever à la Cipale, se conclut avec un écart minime de 38’’ entre le vainqueur et son dauphin, qui va rester le plus faible jusqu’aux 8’’ entre Greg Lemond et Laurent Fignon.

Jan Janssen

Jan Janssen, avec le maillot jaune de son groupe sportif Pelforth, n’a pas connue les joies de porter en course le maillot jaune lors de son Tour victorieux en 1968.

La décennie suivante est celle du collectif Ti-Raleigh, imbattable lors des contre-la-montre par équipes. Elle voit aussi la naissance de la « Montage des Hollandais ». L’Alpe d’Huez avait vu la victoire de Fausto Coppi en 1952. Le Tour n’y retourne ensuite qu’en 1976 et dans les 8 années qui suivent, les grimpeurs Néerlandais y rafle 6 bouquets, avec Joop Zoetemelk pour la première et en 1979, Hennie Kuiper en 1977 et 1978, puis Peter Winnen en 1981 et 1983.

Désormais, les Néerlandais sont partout. Ils savent jouer la gagne dans le Tour, comme Joop Zoetemelk, vainqueur en 1980 en plus de ses six places de deuxième, derrière Eddy Merckx, Lucien Van Impe et Bernard Hinault. Ils savent grimper, pour preuve la concentration de victoires dans l’Alpe d’Huez, qui sont imitées en 1988 et 1989 par Steven Rooks et Gert-Jan Theunisse, dans leur route vers le maillot à pois. Ils savent aussi sprinter, avec Jean-Paul Van Poppel, père de Boy et Danny, maillot vert en 1987, puis quadruple vainqueur d’étape l’année suivante. Aucun de ses compatriotes n’a fait autant.

Joop Zoetemelk

Joop Zoetemelk, bénéficiant de l’abandon de Bernard Hinault en 1980 pour dominer le Tour de France

Sauf que depuis, la situation s’est dégradée. La machine Rabobank n’a pas été aussi efficace que l’étaient les Ti-Raleigh en leur temps. A eux seuls, Gerrie Knetemann et Jan Raas ont cumulés 18 succès sous le maillot rouge, or et noir. Dans les années 2000 ce sont les baroudeurs qui maintiennent la bannière néerlandaise avec Leon Van Bon dans l’étape qui fait perdre le maillot jaune à Laurent Jalabert ou bien Erik Dekker auteur d’un triplé la même année, doublé du dossard rouge et complété l’année suivante par la folle étape de Pontarlier. Puis Karsten Kroon et Michael Boogerd en 2002, Servais Knaven en 2003 chez les belges de Quick-Step et Pieter Weening en 2005, avec photofinish et une avance record de 9 millimètres.

Le dernier succès remonte à 2014 avec la victoire sur les pavés de Lars Boom, coureur de Belkin, héritière directe de la Rabobank, désormais appelée LottoNL-Jumbo. Le passage de l’orange au vert puis au jaune ne rattrape toujours pas le rouge du Ti-Raleigh, mais ce succès de Lars Boom a le mérite de ne pas être dû à une simple échappée. Dans le même temps, Laurens Ten Dam et Bauke Mollema ont terminés 13e et 6e, puis 9e et 10e des derniers classements finaux. De quoi espérer de meilleures choses pour l’avenir.

Sur le prochain Tour de France, on comptera 20 coureurs Néerlandais, soit le plus gros contingent derrière les Français. On y retrouve le Team LottoNL-Jumbo fortement représentée, mais aussi les anciens vainqueurs d’étapes Pieter Weening et Lars Boom, désormais équipier de Vincenzo Nibali chez Astana. Mais les attentes sont certainement encore plus fortes derrière Tom Dumoulin, un des principaux favoris du contre-la-montre inaugural.

Quoiqu’il en soit, on verra en masse les Néerlandais pendant le prochain Tour de France. Peut-être pas du début à la fin sur la route, mais à coup au début et à la fin dans le public, dans le premier week-end sur les terres du Royaume, puis à la veille de Paris, dans leur habituel virage numéro 7.

par darth-minardi

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Re: Le Tour de France et les Pays-Bas

Messagepar Murungaru » 08 Juil 2015, 21:58

Super article Darth, merci. :)
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Murungaru
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Enregistré le: 15 Oct 2014, 13:17

Re: Le Tour de France et les Pays-Bas

Messagepar ptitpascal » 11 Juil 2015, 00:49

Oui très bien :o
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ptitpascal
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