Écrit le par dans la catégorie Les forçats de la route, Portraits.

Le Tour de France approche à grands pas. Et comme chaque année, il va nous réserver son lot de découvertes aux yeux du grand public. Si vous ne suivez le vélo qu’épisodiquement, mais que vous souhaitez tout de même impressionner autour de vous par votre connaissance du cyclisme, cette article est pour vous !

Julian David Arredondo (COL, 26 ans, Trek) : Arredondo n’est pas à proprement un jeune. Agé de déjà 26 ans, il a un parcours atypique. A l’instar de certains de ses chanceux compatriotes, Julian est parti se former en Italie, fort notamment d’un titre de champion de Colombie junior. Jusqu’en 2011, il enchaîne les bonnes performances sur les routes italiennes, remportant notamment le GP Folignano en 2010. Mais ses bonnes performances ne lui ouvrent pas les portes du peloton professionnel. C’est là que son parcours prend une tournure inattendue : il rejoint la formation italo-japonaise, Nippo. Avec son expérimenté équipier italien Fortunato Baliani, ils vont dominer le circuit japonais. Mais en 2012 il ne remporte aucun classement général. C’est en 2013 qu’il décroche enfin des succès de prestige, avec les classements généraux du Tour de Langkawi et du Tour de Kumano. Il remporte notamment l’étape reine du Langkawi, à Genting Highland, devançant notamment le favoris de l’épreuve Pieter Weening. Il finit l’année en remportant l’Asia Tour, ce qui lui ouvre les portes de l’Europe, chez Trek.

Ce petit grimpeur de poche ne va pas attendre longtemps avant de briller, puisque dès le Tour de San Luis, il remporte deux étapes, puis termine 5ème de Tirreno-Adriatico, sa première course World Tour ! Des débuts fracassants qui continuent avec sa 11ème place sur la Flèche Wallonne. Il est donc aligner sur le Giro d’Italia, avec de grandes ambitions. Mais lors de l’étape de Montecassino, il est pris dans la chute et perd 18′, ainsi que toutes chances au classement général. Il se rabat donc sur le classement de la montagne, et vise les victoires d’étapes. Deux objectifs accomplis, puisqu’il s’impose lors de l’étape de montagne de Valsugana, et ramène très facilement le classement de la montagne : un nouveau grimpeur colombien est né ! Sa fin de saison est plus cahotique. Aligné sur la Vuelta, il est transparent, et abandonne, totalement hors de forme. Il coupe sa saison, et reprend néanmoins avec deux belles performances en Asie : 7ème du Tour of Beijing et 5ème de la Japan Cup.

Son début de saison 2015 est plus discret, mais il a de bons résultats (9ème du Tour d’Oman, 8ème du Critérium International). Mais surtout, il revient en grande forme sur le Tour de Suisse, où il s’illustre en première partie de semaine, avant de craquer lors de l’ascension de Sölden. Tout petit gabarit, il est l’archétype du petit grimpeur colombien. Mais est-il vraiment un grimpeur ? Il nous faudra suivre ça sur le Tour … On devrait néanmoins le voir à son avantage lors de la première semaine, notamment à Huy. Effort court, pente très pentue, il s’agit là exactement de ce qu’il aime. A moins que ce Tour sans chrono ne l’avantage, et lui permette de viser le général, si jamais Mollema n’est pas au mieux ? On est encore dans le flou quant à son profil exact, mais une chose est sûre : on devrait le voir à son aise sur les forts pourcentages !

Warren Barguil (FRA, 23 ans, Giant) : Vous avez probablement entendu parler de ce nom. Mais c’est vrai qu’en France on le connaît encore assez mal, car ses succès professionnels ont tous eu lieu à l’étranger. Ce jeune breton s’est rapidement fait remarquer sur ces terres, ce qui l’a amené à être stagiaire chez Bretagne Séché Environnement fin 2011. Stage qui l’a amené sur le Tour de l’Ain, qu’il termine alors 10ème ! De quoi envisager un succès sur le Tour de l’Avenir … mais il sera contraint de terminer seulement 5ème d’une course remportée par le colombien Chaves. Il peine malheureusement à remporter des classements généraux et malgré des succès d’étapes en 2012, il ne peut terminer que 2ème du Tour des Pays de Savoie, et 3ème du Tour d’Alsace sous les couleurs du CC Etupes. Mais pas d’équipe française pour son stage, mais bel et bien la formation néerlandaise, certes aux fortes influences françaises, Argos. Ramené sur le Tour de l’Ain, il ne réalise pas d’aussi bonnes performances que par le passé. Mais il est toujours leader de l’équipe de France pour le Tour de l’Avenir, qu’il remporte cette fois ci. De quoi encourager Argos à le signer pour le futur, au grand dam de certains suiveurs français.

Son début de saison est discret, malgré une 8ème place sur le GP La Marseillaise, et une décevante 17ème position sur le Tour de Turquie. C’est finalement sur un terrain pas forcément favorable qu’il se met en avant en terminant 4ème de la Rund um Köln, au terme d’une longue échappée. On le retrouve ensuite 18ème du Dauphiné, puis 17ème du Tour de Pologne. De quoi encourager Argos à l’aligner en tant qu’électron libre sur la Vuelta. On le remarque rapidement lors des arrivées pour puncheurs où il décroche deux Top 10 ! Puis, parti en échappée sur l’étape de Castelldefels, il sort de son groupe et s’impose en solo ! Une remarque performance rééditée trois jours plus tard lors de l’étape de Formigal qu’il remporte dans un sprint d’anthologie face à Rigoberto Uran !

Sa saison 2014 est celle de l’éclosion, avec beaucoup de belles performances, et ce dès le début de l’année, avec des Top 10 sur la Drôme Classic, les Strade Bianche, la Volta a Catalunya, mais aussi une campagne de classique ardennaise le menant dans le Top 30 de la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège. Il pensait participer au Tour de France, mais il en fut autrement, pour le plus grand plaisir de Ji Cheng. En reprise sur le Tour de Pologne, il brille en montagne, mais ne termine que 14ème du général, avant de retrouver les routes de la Vuelta, où il termine 8ème, puis 6ème du Tour of Beijing. Après un début de saison 2015 compliqué, il se met en évidence sur le Tour de Suisse où il termine 12ème, puis réalise de très bons championnats de France. De quoi aborder le Tour confiant, à la tête d’une formation Giant, qui sera pour la première fois, partagée entre le sprint (pour Degenkolb) et la montagne, pour Barguil. Il va donc aborder le Tour dans les meilleurs conditions possibles, bien entouré par Tom Dumoulin, Simon Geschke ou Georg Preidler. L’objectif, un Top 10 final sur le Tour. Après Pinot et Bardet, on va enfin voir sur les routes du Tour le troisième larron de la jeune génération française.

Sam Bennett (IRL, 24 ans, Bora) : il est l’un des rares sprinteurs que l’on va découvrir sur ce Tour.  Cet irlandais, né en Belgique, est notamment passé très jeune par la France et le VC La Pomme Marseille, avec lesquels il a notamment remporté une étape du Rhône Alpes Isère Tour. Mais comme beaucoup d’irlandais, son premier contrat il le signe avec la formation belgo-irlandaise, An Post (tout un symbole pour ce coureur). Entre 2011 et 2013, il décroche assez peu de bouquets finalement, mais commence à se montrer sur les courses professionnelles. C’est lors du Tour of Britain 2013 qu’il remporte sa première victoire sur une course professionnelle, réglant un petit groupe après une étape vallonnée, signe qu’il est plus qu’un simple sprinteur. Cette performance encourage alors le Team NetApp de l’engager. Ce choix s’avère payant puisque dès le 02 mars il remporte la Clasica de Almeria, puis quelques semaines plus tard la Rund um Köln, ou encore une étape du Tour de Bavière. On pense que NetApp l’alignera sur le Tour, mais il n’en est rien. Il va continuer à prendre du coffre, et décrocher notamment une victoire sur le Tour du Qatar 2015 devant Guardini, Bouhanni ou Sagan. Il rééditera de belles performances lors du Tour de Bavière, où il bat entre autres Bouhanni et Degenkolb. Indubitablement il fait parti des étoiles montantes du sprint mondial. Mais son expérience World Tour est très limitée. Quelques classiques, qui ne lui correspondent guère, et deux Tirreno-Adriatico, où il n’a jamais décroché de bouquets, alors que la concurrence était limitée. Comment va-t-il se comporter sur le Tour de France alors ? Dur à dire … Il est certain qu’on le verra dans le Top 10 des sprints, mais aura-t-il le niveau pour faire mieux, alors que la concurrence sera plus relevée que ce qu’il a jamais connu ? L’avenir nous le dira.

Emmanuel Buchmann (GER, 22 ans, Bora) : A tout juste 22 ans, il portera un maillot très regardé : celui de champion d’Allemagne ! Mais c’est en 2012 que l’on a commencé à entendre parler de ce jeune allemand, lors de l’Heydar Aliev Tour, course réservée aux espoirs en Azerbaidjan, qu’il termine à la 6ème place. La suite de sa saison est plus discrète, mais on le retrouve aux avants postes sur le Tour de l’Avenir 2013, où il mène la formation. Seulement 17ème, il revient en 2014  après un bon Tour d’Alsace (14ème). Cette fois-ci ça se passe bien mieux, puisqu’il termine 7ème, juste derrière Pierre-Roger Latour, la révélation de la Route du Sud 2015. Dans la foulée il termine 3ème du Tour de République Tchèque, tout en s’adjugeant l’étape reine. C’est donc logiquement qu’il passe professionnel dans la seule formation allemande de haut niveau, Bora. Si son début de saison est discret, l’analyse de ses performances nous révèle un coureur toujours présent aux avants-postes lorsque la route s’élève. Ainsi il termine 29ème du Tour d’Algarve, 18ème du Critérium International, 20ème du Giro del Trentino, ou encore 32ème du Dauphiné. Mais la consécration arrive le week end dernier, lorsqu’il règle Nikias Arndt pour le gain du championnat d’Allemagne ! Sur le Tour, il va lui falloir apprendre, et encaisser 3 semaines de course. Mais ce qui va l’aider, c’est qu’il n’y a pas à proprement parler de leader chez Bora. Certes Nerz ou Mendes grimpent bien, mais ils n’ont pas l’ambition de chercher un Top 10. Buchmann sera donc libre d’apprendre à sa guise, peut être en mettant son beau maillot au détour d’une étape accidentée …

Buchmann ne savait pas encore que les liserés de champion d'Allemagne iraient sur son maillot

Buchmann ne savait pas encore que les liserés de champion d’Allemagne iraient sur son maillot

Marco Haller (AUT, 24 ans, Katusha) : Les poissons pilotes n’ont pas toujours une grande réputation. Souvent oublié, ces hommes de l’ombre sont néanmoins nécessaires au succès de leur sprinteur. Et bien sûr pour cela, il faut un grand sprinteur. Avec Alexander Kristoff accroché à lui, Marco Haller sait qu’il a tout pour ne pas travailler en vain… et marcher dans les traces de Mark Renshaw, le plus célèbre des poissons pilotes de ce début de siècle. Et pourquoi pas même, un jour, être lui, le sprinteur de référence ? Car l’autrichien a du talent à revendre. Dès le circuit junior, il enflamme les sprints, en reportant notamment 4 sur le Tour de l’Atibibi (Canada). Et s’il va connaître deux saisons espoirs compliquées, chez Tyrol puis Adria, la libération arrivera en fin d’année 2011, lorsqu’il termine 5ème des championnats du monde espoirs (remportés par Arnaud Démare). Une performance qui convainc Katusha de le recruter. S’il réalise quelques sprints peu glorieux en début d’année 2012, il commence à se débloquer sur le Tour d’Autriche, où il rentre à deux reprises dans le Top 10. De quoi lui donner de la confiance pour le Tour du Poitou Charentes, où il termine deux fois dans le Top 5. Il partage sa fin de saison avec le russe Alexey Tsatevich, autre jeune sprinteur, ce qui fait qu’on ne le voit pas régulièrement sprinter. Mais il décroche enfin un bouquet, qui plus est lors d’une épreuve World Tour, sur le Tour de Pékin, en réglant notamment Alessandro Petacchi et Elia Viviani. Ce qui convainc Katusha de le positionner en temps que poisson pilote de Kristoff pour l’exercice 2013. Le duo fonctionnant bien, il est alors reconduit pour 2014, puis 2015, même s’il dispose toujours de quelques épreuves pour lui même, comme lors du Tour d’Autriche l’an passé où il remporte une étape. Mais son travail se remarque encore plus lorsque l’arrivée est en bosse. C’est ainsi qu’il réalise un doublé, avec Kristoff, lors de la première étape du Tour des Fjords 2015. Mais il n’est pas qu’un simple sprinteur. Il va, en fin de Tour, chercher à la pédale le gain du classement général. Ces mêmes capacités lui permettent de remporter, quelques jours après, le titre de champion d’Autriche, en solo. A n’en pas douter, il sera très en vue pour lancer Kristoff cette année sur le Tour. Et il n’est pas non plus à exclure de le voir jouer le gain de l’une ou l’autre étape vallonnée, à l’instar d’un Peter Sagan, tant il passe bien les difficultés.

Bob Jungels (LUX, 22 ans, Trek) : Ca fait si longtemps qu’on entend parler dans le milieu de Bob Jungels, la relève luxembourgeoise, qu’on en a presque oublié qu’il était si jeune, et qu’il découvrira le Tour cette année. Dès 2009, il se fait remarquer sur le circuit junior. Puis en 2010, il remporte 4 épreuves par étapes du calendrier junior international. Mais en 2011, il ne trouve pas d’équipe continentale. On ne le voit donc que sur la Flèche du Sud, belle épreuve 2.2 luxembourgeoise, où il termine 3ème, ou lors des championnats d’Europe, auréolé d’une place de vice champion CLM. En 2012 il trouve enfin une équipe internationale, et rejoint Leopard, la réserve de l’équipe des frères Schleck. Très rapidement il brille, aussi bien sur les épreuves vallonnées (il remporte le Tryptique des Monts et Chateaux et la Flèche du Sud) que sur les épreuves de montagne (2ème du Giro della Regione Friuli Venezia Giulia), ou que sur les pavés (vainqueur de Paris-Roubaix espoir) ! Son physique digne d’un pro le voit survoler la saison « amateur », et même si son Tour de l’Avenir est une légère déception, il n’en falait pas plus pour rejoindre le World Tour aux côtés des frères Schleck chez Radioshack. Il ne lui faudra pas longtemps pour s’imposer, puisqu’il remporte mi mars le GP Nobili Rubinetterie. On le remarque aussi très à l’aise sur les CLM avec 3 Top 10 sur des épreuves professionnelles plus son titre national. Titre qu’il doublera par l’épreuve en ligne, sans oublier une victoire d’étape sur le Tour du Luxembourg ! Tout ce talent se confirme très rapidement, puisque dès 2014 il termine 18ème de Paris-Nice, puis 9ème du Critérium International. Mais il doit perdre ses deux titres nationaux, et malgré d’excellentes prestations CLM, peine à se mettre en évidence par ailleurs. Le temps que l’hiver passe, et 2015 débute sous de biens meilleurs cieux, avec d’emblée la victoire sur l’Etoile de Bessèges, puis une 10ème place sur le Tour d’Andalousie. Et avant d’arriver au Tour, il termine probant 6ème du Tour de Suisse, puis récupère ses deux titres nationaux. Qu’en attendre sur le Tour de France ? En haute montagne, il semble encore beaucoup trop limité. Très bon rouleur, il peut viser un bon résultat d’emblée sur le prologue, puis rester en tête de classement toute la semaine, les étapes pour puncheurs ne l’embettant guère. Par contre dès que les Pyrénées arriveront, il devra sans doute se muer en parfait équipier, ou en baroudeur. On le voit mal tenir la comparaison en montagne avec les meilleurs. Mais à coup sûr, vous entendrez parler de Bob Jungels cette année, et encore plus dans le futur …

Jungels est un véritable spécialiste du chrono ... malheureusement pour lui cette année.

Jungels est un véritable spécialiste du chrono … malheureusement pour lui cette année.

Merhawi Kudus (ERI, 21 ans, MTN) : Il sera le plus jeune coureur au départ de ce Tour de France. Merhawi Kudus a connu un début de carrière fulgurant. Remarqué dès la catégorie junior sur le Tour du Rwanda 2012, où il fut longtemps leader jusqu’à ce qu’une échappée le prive de la victoire le dernier jour. Début 2013, avec son équipe nationale, il termine 18ème de la Tropicale Amissa Bongo, seul rendez vous africain où les européens rencontrent les locaux. Puis il brille sur des épreuves locales.  Ses performances ont attiré le Centre Mondial du Cyclisme qui l’a amené en Suisse, à Aigle, pour le reste de 2013. L’ascension fulgurante du jeune Erithréen continue. D’abord sur les épreuves du calendrier amateur français, comme le Tour de Côte d’Or, qu’il remporte avec aisance. Cela attire l’équipe Bretagne, qui le prend stage. Mais avant cela, il termine 2ème de la Vuelta a Leon, en Espagne. Sous les couleurs de Bretagne, il brille sur le Tour de l’Ain, qu’il termine 17ème. Une excellente préparation pour le Tour de l’Avenir, mais il échoue à la 11ème place, sans avoir remporté d’étapes, ce qui était son objectif. En 2014, il quitte Bretagne pour rejoindre MTN, la principale formation africaine, où il retrouve ses compatriotes Daniel Teklehaimanot, Frekalsi Debesay, Meron Russom et Jani Tewelde. D’emblée il brille en terminant 2ème du Tour de Langkawi, tandis qu’il met en valeur ses bonnes capacités CLM lors du chrono de la Semaine Coppi & Bartali. 3ème du Mzansi Tour en Afrique du Sud, il aborde le Tour de Turquie en tant que leader. 4ème à Elmali, ses rêves de succès s’évapore quelque peu. Pire, il chute lors de l’étape de Selçuk et digère mal la montée. Et une nouvelle chute sur une chaussée humide en fin de semaine l’empêchent de terminer. Il se rattrape rapidement lors de son retour à la compétition sur la Route du Sud, qu’il termine 5ème, puis il enchaîne avec une 11ème place sur le Tour des Apennins. Excellent grimpeur, on en attend donc beaucoup pour sa première Vuelta. Trop peut être, car il termine anonyme 92ème. Son début de saison 2015 est plus discret. Aligné en compagnie de Louis Meintjes, il roule principalement pour son leader sud africain, ce qui ne l’empêche pas néanmoins d’avoir quelques places d’honneurs, comme une 10ème place sur le Trofeo Serra de Tramuntana, ou une 7ème place à l’Alto de Hazallanas sur le Tour d’Andalousie. Il sera intéressant de voir comment il se comportera sur les routes du Tour cet été. Baroudeur, grimpeur, équipier, quel sera son rôle ?

Louis Meintjes (RSA, 23 ans, MTN) : Meintjes est l’incarnation même du projet de MTN : mener des coureurs africains au plus haut niveau. Alors bien sûr, on a déjà vu des sud africains très performants comme Robert Hunter ou Daryl Impey qui ont tous deux brillé sur les routes du Tour. Mais Meintjes est un grimpeur, et ça c’est assez nouveau. Certes il y a eut John-Lee Augustyn, mais sa carrière tourna court. Nous vous invitons d’ailleurs à redécouvrir le portrait de cet espoir déchu du cyclisme sud africain. Mais revenons en à Meintjes ! Tout jeune il est parti se former en Belgique comme d’autres sud africains le font régulièrement. Il est notamment passé par la réserve de Lotto, chez qui il s’est révélé en 2012, en terminant 6ème du Tour des Pays de Savoie ou 15ème du Tour d’Alsace. C’est logiquement qu’il rejoint MTN en 2013 qui passe alors continental professionnelle. Il a un calendrier très éclectique, visitant à la fois le Gabon (10ème de la Tropicale Amissa Bongo), mais aussi les tours de Taïwan (4ème), de Corée du Sud (9ème) ou du Rwanda (2ème). Mais il a aussi couru en Europe, où il fut plus discret, bien qu’il décroche une belle 18ème place sur la Semaine Lombarde. Et moins d’un mois après, Meintjes s’inscrit définitivement comme un grand espoir du cyclisme en terminant vice champion du monde espoir sur le dur circuit de Florence. C’est avec un nouveau statut qu’il aborde la saison 2014. Et bien qu’il réalise quelques belles performances, la réelle explosion intervient uniquement fin avril, sur le Giro del Trentino, où il lutte à la pédale avec les leaders en préparation du Giro. Mais de Giro il n’y a point, et il faudra attendre la Vuelta pour ses grands débuts en World Tour. Une Vuelta qu’il a du mal à encaisser, mais il accroche une 5ème place, en échappée, sur l’étape de La Camperona. 2015 est en revanche plus solide, avec une 6ème place sur le Tour d’Oman, puis son premier titre sur une épreuve par étape, la Semaine Coppi & Bartali. Son premier grand numéro de l’année arrive avec une très belle 11ème place sur Liège Bastogne Liège, signe qu’il a du coffre pour tenir les 253 km de course ! Autre grand moment de sa saison, le Dauphiné, où il accroche deux Top 10 d’étapes … mais par deux fois il explose totalement en montagne. Si indéniablement il est un excellent grimpeur, il semble avoir quelques problèmes de récupération. Pour le Tour, qu’en attendre ? Un classement général ? Dur d’y croire, tant il a craqué sur le Dauphiné. Alors gageons plutôt sur un classement de la montagne, et l’un ou l’autre beau succès d’étape. Très offensif, il n’hésite pas à faire la course en tête, comme lors de l’étape de Saint-Gervais sur le Dauphiné (où il a même su montrer de la détermination pour accrocher les leaders après avoir été rattrapé). Alors Meintjes arrivera-t-il à ramener en Afrique du Sud un maillot distinctif, là où Hunter avait échoué dans la quête du maillot vert en 2007 ? Il sera en tout cas, à n’en pas douter, un vrai animateur du peloton, lui le petit grimpeur sud africain.

Meintjes, le coureur que toute l'Afrique attend !

Meintjes, le coureur que toute l’Afrique attend !

Jarlinson Pantano (COL, 26 ans, IAM) : Il aura fallut bien des années pour que la carrière de Pantano décolle. Amené par sa sélection nationale en Europe en 2007 et 2008, il termine entre autres 7ème du Tour de l’Avenir 2008. Rejoignant la même année la formation Colombia es Passion, il découvre les épreuves continentales européennes, et notamment le Tour du Poitou Charentes, épreuve professionnelle. Il faudra néanmoins attendre 2010 pour le voir vraiment exploser, puisqu’il termine 3ème du Tour de l’Avenir. Colombia es Passion montant un groupe professionnel, il est logiquement pris dans ses rangs. On va ainsi le voir rouler sur de nombreuses épreuves 2.1, tant en France qu’en Italie, avec notamment une 15ème place sur la Route Adélie de Vitré. Mais c’est surtout sur son tour national qu’il fait des étincelles. Colombia es Passion disparaît, mais un autre projet se monte, le Team Colombia, basé principalement sur les anciens coureurs de Colombia es Passion. En 2012 et 2013, sa présence y sera discrète, hormis quelques belles échappées sur la route du Giro 2013. Mais à l’intersaison 2013-2014, Atapuma et Chaves quittent l’équipe. Il a donc plus de latitudes pour s’exprimer. On va ainsi le voir terminer dans le Top 10 du GP de Lugano, de la Roma Maxima, et même de la Semaine Coppi & Bartali. Et même si sa deuxième partie de saison n’est pas idéale, il a tapé dans l’œil des dirigeants de IAM. Aligné dès le début de saison sur le Tour Down Under, il termine 9ème de l’épreuve World Tour australienne. Il enchaîne avec une belle 11ème place sur le Tour de Catalogne, et une bonne première étape de montagne sur le Tour de Romandie. Mais il a du mal à enchaîner, et la suite est un peu plus dure. Alors qu’en attendre sur le Tour 2015 ? Fera-t-il comme lors de ses précédents Giro, en jouant le baroudeur ? Ou prendra-t-il sa chance comme co-leader chez IAM, auprès d’un Mathias Frank pas dans une forme époustouflante depuis le début de l’année ? Le suisse semble, au moins par le dossard, avoir été désigné leader.

Florian Sénéchal (FRA, 21 ans, Cofidis) : Florian Sénéchal est un jeune qui fait beaucoup de bruit. Nous sommes ici bien loin de la jeune génération de grimpeurs. Non, on parle plutôt d’un véritable Homme du Nord. Des qualités développées dès les juniors, avec notamment une victoire sur Paris-Roubaix Junior et une 2ème place sur le Tour des Flandres Juniors. Résultat qu’il confirme dès son accession au circuit espoir, avec une 9ème sur Paris-Roubaix Espoirs. De quoi intéresser Omega Pharma, jamais en mal d’un flandrien supplémentaire. On nottera son très bon sens de la course sur la World Ports Classic, où ce jeune stagiaire réussit à prendre la bonne bordure, et accompagner du mieux que possible son leader, Tom Boonen. Ayant bien plus à Patrick Lefevere, il rejoint Etixx, alors l’équipe espoir du groupe flamand. Il y a brillera en terminant 9ème des Boucles de l’Artois, 6ème du Tour du Finistère (avec les professionnels), 8ème du Paris-Arras Tour et à deux reprises victorieux en fin d’année, sur le Memorial Henryka Lasaka (course vallonnée en Pologne) et sur l’Okolo Jiznich Czech (Tour du Sud de la Bohème). On le remarque aussi sur le Tour des Fjords, où il démontre aussi qu’il sait sprinter. Alors qu’on le voyait faire une belle carrière sous les ordres de Patrick Lefevere, il pose finalement ses bagages à la maison, dans le Nord, chez Cofidis. D’emblée il montre de bonnes dispositions sur la Tropicale Amissa Bongo, puis on le retrouve sur la campagne flandrienne, avec quelques placettes (Top 20 sur le Nieuwsblaad, sur A Travers les Flandres et le GP E3). Et sur Paris-Roubaix, il prend l’échappée du jour, et sort leader de la terrible Trouée d’Aremberg. Mais ce n’est pas fini puisque dans la foulée, il termine 6ème des 4 Jours de Dunkerque, puis 14ème du Tour de Picardie, 11ème du Tour de Belgique, 2ème du prologue des Boucles de la Mayenne … bref un garçon complet, offensif, qui aime quand ça frotte. Et en 2015 il enrichie son palmarès de deux Top 20 sur des épreuves World Tour : 19ème sur Gent-Wevelgem, et 17ème de Paris-Roubaix, avant de finir 3ème du Tro Bro Leon, cette épreuve bretonne spécifique se courant sur les ribinous. A n’en pas douter, le début du Tour 2015 lui va à ravir. Il doit attendre avec hâte l’étape de Cambrai, même s’il aura sans doute quoi s’occuper lors du prologue puis lors de l’étape de Zeeland, où son sens de la course lui permettra sans doute de se placer à l’avant, en bonne posture pour pouquoi pas … porter le maillot jaune après Cambrai ? Certainement qu’il en rêve, même si ça ne sera pas chose aisée à réaliser.

Eduardo Sepulveda (ARG, 24 ans, Bretagne) : Un argentin en Bretagne, ça n’est pas si courant … ce jeune coureur de l’autre bout du monde nous vient d’un pays où le cyclisme n’est pas une grande tradition. Même si certains argentins sont professionnels aux Etats-Unis, ou que les frères Haedo et Richeze ont démontré tout leur talent en Europe, le cyclisme argentin n’en est qu’à ses balbutiements à haut niveau. C’est ainsi qu’Eduardo a profité de l’aide du Centre Mondial du Cyclisme pour éclore, c’était alors en 2012. Aligné en Europe, il termine 2ème du ZLM Tour aux Pays Bas, ou encore 5ème de la Coupe des Nations à Saguenay. Ce qui encourage la FDJ à le prendre en stage pour la fin de saison. On le retrouve ainsi 3ème d’une étape du Tour du Limousin, avant de terminer 14ème du Tour de l’Avenir. Si la FDJ ne le prolonge pas, il part chez Bretagne. Il va prendre le temps de se construire, car son ascension professionnelle est très rapide. Sa première saison est discrète, mais on remarque quelques belles perfs, comme une 6ème place sur le Kreizh Breizh Elites, ou une 6ème place CLM sur le Tour du Portugal. Le CLM est son exercice de prédilection, et on remarque bien toutes les capacités physiques de ce jeune argentin. 4ème du chrono du Tour du Poitou, il décroche la 9ème place finale. Sa 10ème place sur le CLM des championnats du monde espoir de Florence sont certainement une petite déception alors que chez les professionnelles il était déjà doté de solides références. Si jusque là, ses capacités de grimpeurs se sont faites discrètes, 2014 marque un tournant. Il reprend du poil de la bête lorsque la route s’élève, et enchaîne un excellent début de saison (6ème à San Luis, 4ème du Tour Méditérranéen, 20ème de Paris-Nice, 5ème du Critérium International ou encore 17ème du Tour de Bavière). On pense qu’il sera sur le Tour, mais non il se blesse fin mai et doit repousser cet événement. Son début de saison 2015 est de même facture que l’année passée, avec une 4ème place à San Luis, mais surtout sa première victoire professionnelle sur la Classique Sud Ardèche. On le retrouve ensuite 2ème du Tour de Turquie, puis 5ème de la Route du Sud. Charge à lui maintenant de mener la formation Bretagne sur le Tour de France. Pas un pur grimpeur, plutôt rouleur grimpant bien, que peut il viser sur ce Tour ? Un Top 10 semble compliqué, d’autant plus qu’il n’y a pas de CLM. L’objectif de Bretagne est qu’il termine dans le Top 15 pour améliorer la performance de Brice Feillu, 16ème l’an passé.

Michael Valgren Andersen (DEN, 23 ans, Tinkoff) : Si l’équipe Tinkoff, ex Saxo Bank et CSC, a perdu petit à petit son âme danoise, ça n’est pas pour autant qu’elle s’est séparée des grands talents de ce pays. Michael Valgren est un des plus en vue. Dès le circuit junior on le remarque par une 3ème place au GP du Général Patton 2009, une belle épreuve luxembourgeoise de la Coupe des Nations. Rejoignant la formation Glud & Mardstrand en 2012, dès son passage chez les espoirs, il se fait surtout remarquer en 2013 en remportant Liège-Bastogne-Liège U23, puis en terminant 2ème de la Rund um Frankfurt U23, 6ème du Kreizh Breizh Elites ou encore 4ème du championnat du Danemark Elites ! Glud & Mardstrand laisse place à Cult Energy, et Valgren y évolue toujours pour 2013. De nouveau vainqueur de LBL Espoirs, il enchaîne en remportant la Flèche du Sud au Luxembourg. On le retrouve à son aise en fin de saison, en s’adjugeant en baroudeur une étape du Tour de l’Avenir. Réputé prometteur puncheur, la formation Tinkoff lui fait donc confiance pour 2014. Si ses premières épreuves sont timides, il va rapidement éclater au grand jour lors des 4 Jours de Dunkerque. Formidable puncheur, il mènera la vie dure à Chavanel et Démare toute la semaine, terminant au final 3ème de l’épreuve nordiste. Il ne s’arrête pas là, puisque quelques jours plus tard il termine 4ème du Tour des Fjords en Norvège, puis remporte le championnat du Danemark et son tour national, sans oublier une 4ème place en fin d’année sur la Japan Cup ! Voilà une première saison professionnelle bien remplie, sans oublier qu’il a aussi pris part à la Vuelta. Si 2015 débute moins bien, on le remarque à l’honneur sur Paris-Nice (6ème à Nice), ou encore 9ème du CLM du Tour de la Sarthe. Sur le Tour des Fjords il brille encore, mais cette fois en tant que sprinteur. Très polyvalent, il sera à coup sûr un bel atout pour Contador sur ce Tour, tant lors du CLM par équipe que lors de la première semaine, lorsqu’il faudra frotter et bien se placer pour résister aux vents, aux pavés et aux multiples côtes qui émailleront le parcours.

Tim Wellens, un vrai guerrier sur sa machine !

Tim Wellens, un vrai guerrier sur sa machine !

Tim Wellens (BEL, 24 ans, Lotto) : On attend beaucoup de ce pur produit de la formation Lotto. Dès le plus jeune âge, ils portent les couleurs de la réserve belge de Lotto, et termine notamment 5ème du Tour des Pays de Savoie 2011 ou 2ème de Toscana – Terra di Ciclismo, puis 10ème du Tour de l’Avenir, épreuves de la Nations Cup Espoirs 2012. C’est logiquement que Lotto le fait passer stagiaire fin 2012, et il se remarquer d’entrée en terminant 10ème du Tour of Beijing, épreuve du calendrier World Tour ! 2013, malgré quelques coups d’éclats (comme une 8ème place sur le Tour de Wallonie), le voit rentrer dans le rang … mais en 2014, son talent éclate au grand jour. Tout d’abord sur le Giro, où en baroudeur il décroche deux podiums d’étapes. Son autre exploit, il le réalise sur le Tour du Bénélux, où sur la route d’Aywaille, il réalise un magnifique baroud qui lui permet de s’emparer de la tête de l’épreuve, qu’il finira par remporter. S’en suive alors une 6ème place lors du GP de Plouay, et une 4ème sur le Giro di Lombardia.  10ème de Paris-Nice en ce début d’année, il va sans dire qu’on attend beaucoup de lui sur le Tour. Bon puncheur, excellent baroudeur, avec une bonne pointe de vitesse, il y aura beaucoup d’endroits où il pourra faire valoir son talent, autant en première semaine que dans le Massif Central. Et pourquoi pas en montagne, lors d’une échappée au long cours, puisqu’il aura les coudées franches en l’absence de Jurgen van den Broeck.

Adam & Simon Yates (GBR, 22 ans, Orica) : Deux jumeaux au plus haut niveau du cyclisme, ça n’a pas du arriver souvent. Les frères sont le symbole d’un dynamique cyclisme britannique. Leur jeune carrière se fait au sein du pôle espoir de la fédération britannique, avant qu’Adam ne parte en France (Troyes puis Etupes). Les deux s’expriment donc sur des terrains différents, mais toujours dans le même registre. Dès que la route s’élève, il faut s’attendre à les voir aux avant-postes. On les retrouve sous la même bannière fin 2013, où avait l’équipe de Grande Bretagne ils participent au Tour de l’Avenir puis au Tour of Britain. Adam termine 2ème du général, et Simon remporte 2 étapes de montagne. Le bilan est donc plus que positif pour nos jeunes frères ! Et si Adam ne se met pas trop en évidence sur le Tour of Britain, c’est Simon qui se met en avant, remportant l’étape reine à Haytor, au sommet d’une belle bosse. Il remporte ainsi sa première victoire professionnelle … alors qu’il est amateur ! Il termine 3ème au général. Leurs belles performances les a donc envoyé chez Orica GreenEdge. Camouflet pour Sky ? Oui,  certainement. Les deux frères ne voulaient pas se séparer, mais Sky ne voulait que Simon … Ils avaient donc trois offres : Lampre, FDJ et Orica. Chez Orica, il n’y a pas de grimpeurs, et donc plus de place pour briller que chez Sky notamment où, selon Simon, « il aurait travaillé comme un esclave » ! Les deux frères vont se croiser au détour de leur saison chez Orica, mais pour leur première année, c’est Adam qui reprend le dessus. Avec un programme peut être plus simple que son frère, il enchaîne les bonnes performances. Il remporte ainsi le Tour de Turquie, termine 5ème du Tour de Californie puis 6ème du Dauphiné. Et pendant que Simon ne termine que 7ème du Tour de Slovénie, puis abandonne rapidement sur le Tour de France, Adam remporte fin juillet le GP Industria & Artigianato. Aligné sur la Vuelta, il ne brille pas. 2015 commence bien mieux pour les deux frères. Adam termine 9ème de Tirreno-Adriatico, tandis que Simon termine 5ème du Tour du Pays Basque, puis 6ème du Tour de Romandie, et 5ème du Dauphiné, où Adam ne brille pas du tout malgré une 20ème place finale. Chez les Yates, c’est à toi à moi … dur de dire qui est le plus prometteur des deux. Mais à coup sûr, on verra les deux frangins à l’aise sur le Tour. Matthew White ne leur met pas de pression quant à un potentiel classement général, mais envisage plus de les voir prendre des coups pour briguer un succès d’étape. On verra néanmoins ce qu’il en sera une fois sur le vélo …

par vino_93

crédit photos : wikicommons

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