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Un retour au Paris-Nice classique

En 2014 Paris-Nice proposait un nouveau type de parcours : un enchaînement d’étapes vallonnées qui chacune avait son importance pour le classement général. Le tracé comportait quelques défauts, notamment une difficulté insuffisante sur les dernières étapes où se sont multipliés les sprints en petit comité, mais allait néanmoins dans le sens de ce qu’on peut attendre d’un Paris-Nice, une victoire incertaine se jouant à quelques secondes et une nervosité constante.

Qu’en est-il du parcours 2015 ? Force est de constater que ASO est revenu à son ancien schéma, la réintroduction du contre-la-montre du col d’Eze en étant le meilleur exemple. Dans le détail, un prologue, quatre étapes pour sprinteurs (même si une ouvre la possibilité à des attaques de puncheurs dans le final), une course de côte, une étape de moyenne montagne et un contre-la-montre en côte. Il est déjà intéressant de constater l’incroyable similarité avec le tracé proposé par Tirreno-Adriatico : 2 chronos, une arrivée au sommet, une étape accidentée et le reste pour les sprinteurs. C’est le schéma d’une course de préparation.

Le parcours du Paris-Nice 2014 développait l’idée d’une course importante en soi, et non pas simplement destinée à la préparation des grands leaders pour les courses ultérieures. Là où Tirreno-Adriatico s’est formatée pour accueillir les stars du peloton international comme Froome ou Contador1, Paris-Nice déjouait cette logique en redonnant de l’élan à une course qui ces dernières années, en sacrant Tony Martin, Bradley Wiggins et Richie Porte, avait perdu en intérêt. Mais en 2015 le tracé retrouve ses défauts. Il est difficile de se faire des illusions sur l’étape niçoise. Il y a peu de chance qu’elle influe sur le général : celui-ci se fera sur deux uniques moments, les derniers kilomètres de la Croix de Chaubouret et le contre-la-montre final.

Il y a deux ans, Richie Porte écrasait la concurrence lors de l’arrivée à la Montagne de Lure avant de remporter aisément le contre-la-montre du col d’Eze. Rien ne l’empêche de rééditer la même performance cette année, ou alors d’être surclassé dans ce schéma par Tejay Van Garderen, mais en tout cas il est plus que probable que le général ira simplement au coureur le plus fort, sans que celui-ci soit jamais mis en danger. Quitte à revenir à un parcours très classique, autant éviter que le général ne se joue sur aussi peu de temps. Certes le prologue peut avoir une incidence sur une course se jouant certainement sur des écarts minimes, certes les étapes de plaine comme traditionnellement sur Paris-Nice sont potentiellement exposées à des bordures, mais il était tout à fait possible d’inclure ces éléments dans un tracé plus dynamique où le général ne se jouerait pas de manière aussi prévisible et peu enthousiasmante.

Un pied roulant, les pourcentages au sommet, soit le schéma pour une course réduite aux derniers hectomètres

Un pied roulant, les pourcentages au sommet, le protoype d’une course réduite aux derniers hectomètres

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Probablement ce retour en arrière est-il lié à une certaine désaffection des leaders de grand tour pour la course au soleil. Mais c’est aussi nier les raisons de cette désaffection (très relative) pour Paris-Nice. Si Tirreno-Adriatico est privilégiée, c’est que la course est beaucoup moins nerveuse et usante que ne l’est son homologue française : pas de bordures, un rythme plus mesuré, et la possibilité de se tester sur les dernières ascensions sans avoir brûlé de cartouches auparavant. Quand en 2014 Vincenzo Nibali avait privilégié Paris-Nice, c’est justement pour s’acclimater à cette manière de courir en vue du Tour de France. Sans doute l’absence de prologue et d’étape un poil plus montagneuse avait-elle refroidie certains leaders, mais il était tout à fait possible d’introduire des étapes plus difficiles, plus favorables à des grimpeurs, sans abandonner cette idée de général se jouant en permanence.

Le tracé de Paris-Nice en soi pose problème. Il est encore tôt dans l’année, les cols sont souvent enneigés, ou risquent de l’être, et la longue distance entre Paris et la Méditerranée oblige à garder un certain cap dans les étapes, à ne pas trop stagner dans une région. Jusqu’au massif central, il est difficile d’éviter des étapes pour sprinteurs (au moins deux), dans le massif central beaucoup de routes sont exposées à un risque météorologique, et une fois dans le Sud les enchaînements de difficultés sont compliqués à réaliser, comme l’illustre chaque année l’étape s’achevant sur la promenade des anglais. Deux solutions : soit multiplier les petites bosses, vallons, cols à basse altitude pour créer une lutte continue pour le général, soit arriver une fois en altitude, sur un col qu’on sait praticable (en supprimant la descente on évite les risques de neige sur l’autre versant).

Arriver en altitude n’empêche d’ailleurs pas d’éviter de mornes courses de côte. Cette année, plutôt que d’escalader le versant classique de la Croix de Chaubouret, il aurait été beaucoup plus intéressant de passer par le col de l’Oeillon (10 km à 6,6%, un profil similaire) pour relier l’arrivée au Bessat par un faux-plat de 6 km à 3% où la course aurait été beaucoup moins cadenassée et bien moins prévisible, d’autant que passer par l’Oeillon impliquait un col supplémentaire pour faire la sélection, là où le passage dans les monts du lyonnais risque fort d’être anecdotique, y compris en terme d’écrémage. Pour l’étape de Rasteau, même constat, il était plus que possible de durcir cette étape plutôt qu’une fois le col de la République passé, redescendre directement dans la plaine. Il y avait au moins possibilité de concentrer des difficultés en début d’étape en Ardèche, comme sur la 3ème étape du Dauphiné 2014, voire d’aller chercher quelques difficultés supplémentaires à l’Est de Montélimar.

Et, comme chaque fois qu’il est présent, le chrono du col d’Eze pose problème en terme de logistique. En supprimant une étape en ligne, il oblige à rappliquer d’autant plus vite sur la Méditerranée, le transfert impressionnant Rasteau-Vence en étant une belle démonstration. Son utilité est d’autant plus sujette à question qu’il n’a dans chacune de ses apparitions servit qu’à consolider le classement général. Le supprimer serait se donner plus de marge dans le tracé des étapes et la possibilité d’une étape supplémentaire pour que les leaders s’affrontent. Sur le papier, une arrivée au sommet sur la Croix de Chaubouret, et le chrono du col d’Eze font plus prestigieux qu’une arrivée dans une localité quelconque, mais l’intérêt sportif de la course s’en trouve réduit. La réussite des toutes jeunes boucles Drôme-Ardèche montre que le développement d’une course, ou au moins l’attention qu’on lui porte, passe aussi par la qualité des parcours proposés et de la course qui en découle. Il sera difficile pour Paris-Nice de toujours s’appuyer sur son passé prestigieux.

1http://legruppetto.com/2014/06/standardisation-courses-italiennes/

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Article rédigé par Bullomaniak ; crédit photo : ASO organisation
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Re: Paris-Nice fait marche arrière

Messagepar bullomaniak » 15 Mar 2015, 09:18

Bon, je me suis bien gouré sur l'étape de Nice. :moqueur:

Mais elle aurait toujours pu être largement mieux tracée.
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Re: Paris-Nice fait marche arrière

Messagepar Svam » 16 Mar 2015, 20:48

C'est clair :mrgreen:

Après l'étape a surtout été magnifiée par la pluie qui a rendue les descentes décisives pour créer des écarts ;)

Tracer une étape vers Nice est vraiment pas simple mais je pense que ASO s'approche de l'idéal en mixant 2014-2015. Un enchainement St-Roch-Peille-Eze : http://www.openrunner.com/index.php?id=4554837

Après je suis complètement d'accord avec le fond de l'article, la course est plus intéressante quand elle se joue tous les jours :o
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Re: Paris-Nice fait marche arrière

Messagepar Antoine_Blondin » 16 Mar 2015, 20:59

bullomaniak a écrit:Bon, je me suis bien gouré sur l'étape de Nice.

Comme d'habitude dès que tu parles de parcours d'ailleurs Image
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