Écrit le par dans la catégorie Histoire, Les forçats de la route.

Paris-Nice, très souvent surnommée la course au soleil, aura pourtant vécu une édition sombre et riche en émotions en 2003, une édition placée sous le signe du drame et des exploits, du sang et des larmes, qui aura à jamais changé le cyclisme. Tout avait pourtant bien commencé ce 9 mars, alors qu’Alexandre Vinokourov se présentait sur la ligne pour défendre son titre, un titre notamment convoité par Dario Frigo, ancien vainqueur lui aussi, Davide Rebellin, les espoirs français Sandy Casar et Sylvain Chavanel ou encore son compatriote Andreï Kivilev.

Le drame se noue sur les routes de la 2ème étape

Pour Cofidis, ce Paris-Nice se présentait sous les meilleurs auspices, bien inconsciente du drame qui la frapperait de plein fouet quelques jours plus tard à Saint-Etienne. Nico Mattan avait remporté le prologue et enfilait le premier maillot de leader. Il s’imposait devant Tyler Hamilton et son coéquipier Philippe Gaumont. Les principaux favoris étaient déjà au rendez-vous, n’ayant concédé que peu de temps et le parcours qui s’offrait sous leurs yeux nous mettait l’eau à la bouche. La Croix de Chaubouret, le Mont Faron, le Col du Tanneron et bien entendu le Col d’Eze seraient juges de paix d’une course qui ne sourirait qu’à un costaud. Une première étape de plaine se présentait aux coureurs, remportée par Alessandro Petacchi, préfigurant une année fantastique pour lui. Au jeu des bonifications, Stuart O’Grady s’emparait de la tunique de leader, mais tous les regards se tournaient déjà vers l’étape du lendemain et une arrivée à Saint-Etienne au pied du Col de la Croix de Chaubouret, un premier rendez-vous à ne pas manquer pour les prétendants à la victoire finale.

Il était 15h48, le 11 mars, sur ce Paris-Nice 2003. Le peloton traversait Saint-Chamond à allure modérée, se présentant au pied de l’ultime difficulté de l’étape, à la poursuite d’une échappée composée d’Arroyo, Canada, Jalabert et Oriol. Cette traversée fut marquée par une chute, mettant aux prises Andreï Kivilev, Marek Rutkiewicz et Volker Ordowski, une chute qui semblait tout à fait banale et anodine. Pourtant, Kivilev restait désespérément à terre. Le Kazakh évoluait sur ses routes d’entraînement, lui qui vivait dans la région depuis plusieurs années. Peu méfiant, il profitait de ce moment de calme pour régler son oreillette mais tomba lourdement sans pouvoir amortir sa chute. Il ne portait pas de casque, un détail qui aura son importance. Bien qu’évacué rapidement à l’hôpital, il finira par succomber à ses blessures le lendemain matin. Inconscients du drame qui se jouait à l’arrière, les leaders s’expliquaient sur les pentes du dernier col. Rebellin s’adjugeait l’étape en réglant un petit groupe composé notamment de Vinokourov, Frigo et Zarrabeitia et faisait coup double avec le maillot jaune.

 

Une journée de deuil sur Paris-Nice

Le peloton de Paris-Nice se réveillait avec la gueule de bois, encore incertain du sort de leur camarade lorsque son décès fut prononcé aux alentours de 10h. Il n’était plus question de courir l’étape comme si de rien n’était, mais il n’était pas non plus question d’abandonner. Coureurs et organisateurs choisirent de neutraliser l’étape pour rendre un dernier hommage à Andreï Kivilev. L’équipe Cofidis franchissait la ligne en premier détachée du reste du peloton. A l’arrière, dans le peloton, un autre homme était profondément touché, il s’agissait d’Alexandre Vinokourov. Le Kazakh avait perdu un ami, un compatriote qu’il avait incité à venir s’installer en France, à Saint-Etienne pour achever sa carrière amateur sous les couleurs de l’ECSEL. Les deux hommes avaient suivi des voies différentes chez les professionnels mais restaient proches voisins. Alexandre Vinokourov était alors déterminé à honorer la mémoire de son ami.

Andreï Kivilev, âgé de 29 ans, restait principalement connu pour son Tour de France 2001 achevé à la quatrième place, suite à l’échappée fleuve de Pontarlier dont il faisait partie. Il s’était également mis en évidence cette même année par une victoire sur la Route du Sud ainsi que sur une étape du Dauphiné. Dorénavant, sa tragique disparition aura également marqué le cyclisme en débouchant sur une réglementation imposant le port du casque sur les courses UCI, suite à de longs mois de débats initiés par cet évènement. Andreï Kivilev rejoignait la funeste liste des coureurs ayant perdu la vie en course, une liste qui depuis, sera malheureusement complétée par Wouter Weylandt sur le Giro 2011, lorsque la course prit la même tournure dramatique et se faisait l’écho d’une scène tragique déjà vécue par certains.

 

Alexandre Vinokourov honore dignement la mémoire de son compatriote

Paris-Nice n’était pourtant pas terminé. La course reprenait ses droits après cette journée de deuil, par un contre-la-montre de 16,5 km. Dario Frigo se montrait le plus rapide et succédait à Davide Rebellin dans la liste des leaders de ce Paris-Nice. Il ne put profiter de ce maillot, son corps l’arrêtant suite à des problèmes gastriques. Au départ de l’étape du Faron, Alexandre Vinokourov devenait leader virtuel, mais toujours vêtu du maillot vert. Il ne lui restait plus qu’à confirmer son rang sur le terrain. Il avait coché cette étape sur son carnet de route, encore plus depuis la disparition de son ami. Vino était irrésistible ce jour-là. Attaquant à deux kilomètres du sommet, il déposa tout le monde pour s’offrir une victoire pleine d’émotion. Personne n’avait réussi à le suivre et il se présentait sur le podium, en larmes, avec la photo de son ami, pour recevoir enfin le maillot jaune. Rien n’était pourtant encore gagné, car les écarts restaient faibles malgré cette démonstration.

Vino était intouchable. Les écarts étaient serrés et le parcours difficile à maîtriser, mais il réussit à contenir les assauts de ses rivaux, l’équipe ONCE en particulier. Alexandre Vinokourov devait défendre son maillot tout en contenant ses propres émotions dans ce contexte si particulier. Le Kazakh n’avait certainement plus la force d’écraser la course, laissant tout loisir aux attaquants d’aller glaner une victoire d’étape, Joaquim Rodriguez à Cannes, puis David Bernabeu à Nice. Il s’accrochait au plus important, sa place de leader dans ce Paris-Nice si particulier. Alexandre Vinokourov avait de quoi se satisfaire de conserver son titre, dans une course qu’il avait soigneusement préparé et ainsi honorer dignement la mémoire de son compatriote. Vino commençait ici à forger sa légende, celle d’un coureur offensif au grand cœur et dur au mal. L’année 2003 qui l’attendait, exceptionnelle en tout point, démarrait de façon bien singulière.

 

A la mémoire d’Andreï Kivilev, tragiquement disparu le 12 mars 2003

 

Par CSC_3187

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Modérateurs: Geraldinho, bouri

Re: [Retro]Paris-Nice 2003, du sang et des larmes

Messagepar Antoine_Blondin » 15 Mar 2015, 16:33

Que de souvenirs :love:

L'abandon de Dario Frigo après avoir écrasé la course aux sources Perrier à Vergèze, prétextant des problèmes gastriques Image
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