Écrit le par dans la catégorie Courses, Les forçats de la route.

Le mois de juillet est réputé pour le Tour de France. L’épreuve attire à elle tous les regards du monde cycliste, et plus largement du monde sportif. Mais la planète vélo ne s’arrête pas de tourner pendant le Tour. Plusieurs épreuves professionnelles se déroulent en même temps que le Tour. On citera bien sûr la plus importante, l’Österreich-Rundfahrt (Tour d’Autriche), mais aussi le jeune Sibiu Tour en Roumanie. Mais c’est de l’autre côté du monde que nous allons regarder. Le Tour of Qinghai Lake.

Tout d’abord, qu’est ce que ce Lac Qinghai ? Et bien, il s’agit là du plus grand lac de Chine, connue aussi sous le nom de Lac Kokonor en mongol. Son nom signifie Lac de la Mer Bleue. Il fait plus de 4500 km², ce qui le place dans le Top 50 des plus grands lacs du monde. La course cycliste démarre le long de ce lac, dans la province du Qinghai. C’est une très grande province de l’Ouest de la Chine, qui lors de son dernier recensement en 2010, comptait plus de 5 millions d’habitants. Une très grande région rurale, située sur les hauts plateaux tibétains. La capitale de cette province est la ville de Xining, dont l’aire urbaine dépassait le million d’habitant. Puis la course quitte le lac et s’enfonce dans les terres, tout d’abord dans la province de Gansu, puis la petite province de Ningxia. C’est dans la ville de Lanzhou, plus de 3 millions d’habitants, que la course se termine, de retour dans le Gansu.

On se sent certainement tout petit au pied des montagnes chinoises ...

On se sent certainement tout petit au pied des montagnes chinoises …

Le Tour of Qinghai Lake fût l’une des premières épreuves créées en Chine, en 2002, en même temps qu’un défunt Tour of China, depuis réapparu sous une autre forme. Les deux épreuves démarraient le 30 juillet 2002, mais déjà le Tour of Qinghai Lake montrait sa différence, en offrant huit  jours de course.  Lors de son apparition, l’épreuve était badgée 2.5, soit l’équivalent des courses 2.2 actuelles. Puis, en 2004, elle obtint le statut UCI 2.3 (devenu ensuite 2.1), et lors de la refonte du circuit UCI, elle fut badgée 2.HC. Ce qui la place en tête d’affiche du circuit Asia Tour avec le Tour de Langkawi, la Japan Cup ou le Tour du Qatar, à l’époque les seules courses habilitées à recevoir les formations World Tour. L’épreuve a depuis conservé son statut, et s’est développée petit à petit, en même temps que sa région. Dernière grande modification de l’épreuve, l’adoption en 2012 de 13 étapes, soit une épreuve se déroulant sur deux semaines, journée de repos incluse.

Le parcours du Tour of Qinghai Lake 2014

Le parcours du Tour of Qinghai Lake 2014

L’épreuve 2014 partait de Xining, la capitale de la province de Qinghai, et s’achevait à Lanzhou, capitale de la province de Gansu. La particularité de l’épreuve 2014 était de n’avoir aucune grosse étape de montagne, malgré la présence de nombreux hauts cols. La première étape voyait deux hommes prendre le large, Oleksandr Polivoda (Kolss) et Ilya Davidenok (Continental Team Astana). L’Ukrainien mena l’épreuve jusqu’à la 5ème étape, qui présentait une très forte ascension aux deux tiers du parcours, qui l’élimina. C’est le Kazakh qui récupéra la tête de l’épreuve, pour ne plus la lâcher jusqu’à l’arrivée. Il dut néanmoins résister aux offensives de ses adversaires, dont le principal fut Thomas Vaubourzeix (La Pomme) vainqueur de la 5ème étape. Voici un petit récapitulatif des vainqueurs d’étapes :

Etape 1 : Xining – Xining : Oleksandr Polivoda (Ukr, Kolss) échappé

Etape 2 : Duoba – Datong : Marco Benfatto (Ita, Continental Team Astana) sprint

Etape 3 : Huzhu – Xihai : Mykhaylo Kononenko (Ukr, Kolss) montagne

Etape 4 : Xihai – Heimahe : Marco Benfatto (Ita, Continental Team Astana) sprint

Etape 5 : Qinghai Lake – Guide : Thomas Vaubourzeix (Fra, La Pomme) montagne

Etape 6 : Guide – Tongren : Grega Bole (Slo, Vini Fantini) sprint en montée

Etape 7 : Tongren – Hualong : Timofey Kritskiy (Rus, RusVelo) montagne

Etape 8 : Xunhua – Lintao : Sergiy Lagkuti (Ukr, Kolss) montagne en début d’épreuve

Etape 9 : Tianshui – Tianshui : Ahmet Örken (Tur, Torku) sprint

Etape 10 : Tianshui – Pingliang : Ilya Davidenok (Kaz, Continental Team Astana) sprint en montée

Etape 11 : Yinchuan – Yinchuan : Mattia Gavazzi (Ita, Amore & Vita) sprint

Etape 12 : Zhongwei – Zhongwei : Eduard Michael Grosu (Rou, Vini Fantini) sprint

Etape 13 : Lanzhou – Lanzhou : Mattia Gavazzi (Ita, Amore & Vita) sprint

Classement général final :

1 Ilya Davidenok (Kaz, CT Astana)

2 Mykhaylo Kononenko (Ukr, Kolss) 42″

3 Thomas Vaubourzeix (Fra, La Pomme) 43″

4 Oleksandr Polivoda (Ukr, Kolss) 1’07

5 Frantisek Padour (Cze, NetApp) 1’49

6 José Gonçalves (Por, La Pomme) 1’56

7 Victor Martin Hernandez (Esp, Burgos) 2’39

8 Chad Beyer (Usa, 5 Hour) 2’44

9 Cesare Benedetti (Ita, NetApp) 3’47

10 Mirsamad Poorseyedi Golakhor (Irn, Tabriz Petrochemical) 4’55

Au terme de cette édition, Mme Chen Yuhua, membre de l’organisation du Tour of Qinghai Lake, nous a gentiment accordé une interview. En voici les propos :

LG : Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre rôle au sein de l’organisation ?

CY : Mon nom est Chen Yuhua. Je suis la coordinatrice officielle du comité d’organisation du Tour of Qinghai Lake. Je travaille pour l’organisation depuis 2004. Mon travail quotidien consiste à inviter les équipes, les commissaires internationaux, les officiels de l’UCI, les journalistes, etc … à participer à la course.

Pendant la course, je suis en charge de la section des affaires étrangères au sein du comité exécutif. Je suis également en charge de tous les commissaires étrangers, qui aident les équipes participantes, le département logistique, l’équipe médicale et l’équipe de transport, ainsi que de la coordination entre l’organisation, les commissaires internationaux et les équipes.

 

Le Tour of Qinghai Lake fut une des premières épreuves UCI en Chine, dès 2002. Fut-il difficile de créer cette course ? Comment se déroulèrent les premières années ?

Le Tour of Qinghai Lake fut la première course UCI en Chine. Autant que je sache, ce fut très difficile de créer l’épreuve en 2002, dans le Qinghai, qui était une région peu développée de Chine. Qui plus est, l’organisation n’avait aucune expérience pour organiser une course internationale. La CCA (Chinese Cycling Association) nous a aidé en invitant quelques experts, comme Lucien Bailly, membre de l’UCI, et d’autres commissaires internationaux qui nous ont apporté leur savoir-faire pour organiser l’épreuve.

Le budget et la capacité d’accueil étaient eux aussi très limités. Les conditions de logement dans les premières années ne pouvaient pas convenir aux équipes participantes et aux employés de l’organisation. Les conditions de routes étaient aussi très mauvaises. Nous avions reçu beaucoup de plaintes de la part des équipes.

 

Le peloton traverse des contrées parfois rurales, comme ici au bord du Lac Qinghai.

Le peloton traverse des contrées parfois rurales, comme ici au bord du Lac Qinghai.

Quel a été le rôle de l’UCI dans le développement de la course ? Est-ce que le statut Hors Catégorie (HC) qu’ils vous ont donné vous a aidé ?

Depuis, d’importants changements ont eu lieu au Qinghai, en particulier en ce qui concerne les conditions de route. Le Qinghai est désormais  l’un des meilleurs endroits en Chine, et possède des autoroutes et des routes nationales de très grande qualité, grâce à l’appui de l’UCI pour nous permettre d’organiser une si grande course internationale. Le statut HC qu’ils nous ont donné en 2005 a grandement aidé à augmenter le niveau de la course, et grâce à cela le Qinghai est devenu un endroit bien connu nationalement et surtout internationalement. De nos jours, quand les gens parlent du Qinghai, leur premier propos est que la région a une prestigieuse course cycliste appelée le Tour of Qinghai Lake. De plus en plus de touristes viennent au lac Qinghai. Quand on va aux alentours du lac, que ce soit avant, pendant ou après la course, on peut désormais apercevoir beaucoup de cyclo-touristes le long du lac, allant même jusqu’au Tibet. Ce phénomène était très rare il y a quelques années encore.

De plus, grâce au statut HC, nous pouvons inviter des équipes professionnelles l’UCI de haut niveau, ce qui fut bénéfique pour la publicité de la course.

Votre course se déroule en juillet, en même temps que le Tour de France. Est-ce que cela vous aide à être médiatisé en Chine ? Quel est l’impact du Tour de France sur le cyclisme en Chine, et plus particulièrement sur votre course ?

Le Tour de France a plus ou moins d’impact sur notre course. Par exemple, il nous empêche d’obtenir des équipes World Tour. Et même si une équipe ou deux souhaiteraient venir, les cyclistes qu’ils amèneraient ne seraient pas très forts, donc ils n’auraient pas de meilleurs résultats que les équipes continentales. Pour la publicité dans les médias, nous ne pensons pas qu’il y ait une réelle influence. Peut-être est-ce une bonne chose … Ceux qui s’intéressent au Tour du Qinghai Lake s’intéressent certainement aux deux autres courses en même temps (ndlr : le Tour de France et le Tour d’Autriche). En outre, jusqu’à maintenant, notre course n’est pas diffusée en Europe. Ce n’est donc pas un gros problème.

 

Êtes-vous satisfait d’organiser votre course en juillet, ou souhaiteriez-vous changer la date dans le but de ne pas être en concurrence avec le Tour de France ?

Juillet est la meilleure saison dans le Qinghai. C’est donc une bonne chose à la fois pour les villes étapes pour obtenir un accord, et pour les coureurs pour évoluer dans les meilleures conditions climatiques possibles. Nous ne pouvons pas changer le climat et nos magnifiques paysages. C’est pourquoi nous n’envisageons pas, dans un futur proche, de changer de dates.

 

Est-ce qu’en Chine le Tour of Qinghai Lake est bien médiatisé ? Possède-t-il une diffusion TV ? Y-a-t-il une foule importante sur les routes, au contraire du Tour de Pékin, qui est l’unique épreuve chinoise que l’on peut voir en Europe ?

Oui nous sommes bien médiatisés en Chine. La chaîne sportive de CCTV (ndlr : l’équivalent chinois de France Télévision) diffuse la cérémonie d’ouverture de la course en direct, ainsi que des news régulières de la course sur ses différents canaux. Plus de 40 groupes de presse suivent la course, et beaucoup de personnes la suivent via notre site internet.

Ici, nous avons des centaines de milliers de personnes sur le bord des routes sur la plupart des étapes.

 

Pourrons-nous voir le Tour of Qinghai Lake à la télévision européenne  dans le futur, même s’il y a le Tour de France en même temps ?

Nous espérons pouvoir coopérer avec des médias européens dans le futur, et ainsi permettre à plus de personnes à travers le monde de connaître cette région grâce à la course.

 

En 2011, l’UCI a décidé d’avoir une course en Chine. Mais votre épreuve, qui était la plus ancienne, ne fut pas sélectionnée, et l’UCI a choisi de créer le Tour of Beijing. Comment avez-vous pris ce choix ? Le comprenez-vous ? Voulez-vous pousser pour intégrer le World Tour dans les années à venir ?

L’UCI a eu ses raisons de choisir le Tour of Beijing plutôt que le Tour of Qinghai Lake. Selon notre jugement, plusieurs raisons les ont incités à réaliser cela.

Tour d’abord, une épreuve World Tour se doit d’être diffusée en direct partout dans le monde. Or c’est difficile pour nous d’être en direct à cause des hauts plateaux où évolue la course. De plus le Qinghai est une région peu développée. Nous ne pouvons pas avoir assez d’argent pour organiser un tel événement et accueillir les meilleures équipes au monde. Et même si nous avons accumulé beaucoup d’expérience au fil des ans, nous aurions eu besoin de nouveaux experts pour organiser une course World Tour, ce qui nous aurait coûté encore plus d’argent. Nous n’avons donc pas postulé auprès de l’UCI, et celle-ci ne devait de toute façon pas nous considérer comme compétent pour organiser un événement World Tour. De plus, l’UCI préfère certainement une course  au sein d’une grande métropole internationalement connue comme Pékin que dans notre région. Et enfin, une épreuve World Tour se déroule sur une semaine, avec peu d’étapes. Cela ne correspond pas à la philosophie de notre course.

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Difficile d’organiser, dans ces montagnes, une retransmission télévisée en direct

Pensez-vous que le Tour of Beijing vous fait du tort ? Vous pourriez possiblement attirer quelques équipes World Tour qui ont désormais cette course pour obtenir de l’exposition médiatique en Chine.

Nous ne pensons pas que le Tour of Beijing est mauvais pour nous. C’est bon pour les équipes World Tour d’obtenir de l’exposition, peu importe où en Chine.

 

Espérez-vous revoir plus d’équipes professionnelles sur votre épreuve ? Comment allez-vous procéder ?

Nous espérons en effet avoir plusieurs formations qui reviennent dans le futur, afin de découvrir nos paysages uniques, affronter l’extrême sur le toit du monde, et obtenir des primes qu’ils ne trouveront certainement pas sur d’autres épreuves HC. En effet le total des primes sur le Tour of Qinghai Lake s’élève à 500 000 USD. C’est probablement assez rare sur les autres épreuves HC.

 

Dans le passé, plusieurs équipes World Tour et Continentales Professionnelles venaient avec leur meilleur effectif possible (à l’exception des coureurs présents sur le Tour de France). Cette année, il n’y avait que 5 équipes Continentales Professionnelles, et il ne s’agissait pas des meilleurs.

A l’origine, 7 équipes continentales professionnelles devaient venir, mais deux durent déclarer forfait, probablement car nous invitons 9 coureurs, 6 membres du staff et donnons 2 voitures par équipe. Après la course, nous avons réalisé qu’il était difficile pour les équipes d’avoir une équipe solide pour courir cette épreuve difficile. Donc dans le futur, nous allons ajuster le nombre de coureurs et de membres du staff à la baisse, comme nous le faisions avant.

Recevez-vous beaucoup de demandes de la part d’équipes pour prendre part à votre épreuve ? Si oui, d’où viennent-elles ?

Oui, nous recevons beaucoup de demandes. L’an dernier, nous en avions une soixantaine. La plupart viennent d’Europe, mais nous avons aussi des demandes des Etats-Unis, d’Asie, d’Australie et même d’Afrique !

Un peloton très international sur le Tour of Qinghai Lake. Ici, nous pouvons apercevoir l'américain James Stemper (5-Hour Energy), le letton Viesturs Luksevics (Amore & Vita) et le chinois Liu Jianpeng (Hengxiang).

Un peloton très international sur le Tour of Qinghai Lake. Ici, nous pouvons apercevoir l’américain James Stemper (5-Hour Energy), le letton Viesturs Luksevics (Amore & Vita) et le chinois Liu Jianpeng (Hengxiang).

 

Quel est votre budget ? Est il en hausse ? Quels moyens avez-vous pour organiser l’épreuve ?

Il est difficile de vous dire notre budget exact. Le gouvernement, à différents niveaux, soutient l’épreuve. Il est difficile de dire combien d’argent il injecte dans l’épreuve. A côté de cette aide gouvernementale, nous essayons de vendre la course comme un produit marketing, et d’attirer plus de sponsors, et plus particulièrement de gros sponsors. Sur ce plan, nous sommes en progression tous les ans. Depuis ses débuts en 2002, le Tour of Qinghai Lake a renforcé le développement économique et social au Qinghai. De plus en plus de touristes viennent, et l’industrie des services connaît un véritable boom ici, année après année.

 

Est-ce que les étapes sous forme de critérium, comme vous en avez organisé à Lanzhou ou Zhonwei, sont importantes pour votre budget ? Quel est leur but ? Nous en voyons beaucoup dans les autres courses chinoises aussi.

En effet nous avons plusieurs courses sous forme de critérium dans les villes. Celles-ci veulent de l’exposition, et ces courses sont là pour ça. Mais dans le futur, nous pourrions réduire le nombre de ces épreuves.

L'édition 2014 s'est ouverte dans les rues de Xining, sous la forme d'un critérium.

L’édition 2014 s’est ouverte dans les rues de Xining, sous la forme d’un critérium.

 

Pourquoi votre épreuve est elle si longue en jours de course ? (ndlr : 13 étapes et un jour de repos) C’est très rare de voir des épreuves continentales se dérouler sur deux semaines.

Principalement, cela nous sert à sortir de la province du Qinghai, afin d’obtenir une meilleure promotion de la course.

 

Cette année, aucune étape n’avait de grosse ascension dans le final. Ne pensez-vous pas qu’il s’agisse d’un problème pour votre épreuve, car les étapes de montagne sont de grands rendez-vous ?

Nous avons en effet constaté cela. Nous allons fixer quelques arrivées au sommet dans le futur.

Bien que le peloton ait rencontré de belles difficultés, aucune d'entre elles n'était situé dans le final des étapes.

Bien que le peloton ait rencontré de belles difficultés, aucune d’entre elles n’était situé dans le final des étapes.

 

Votre course est connue pour avoir de longs cols roulants, aux alentours de 4-5% de pente moyenne. Est-ce que toutes les ascensions sont comme cela dans la province du Qinghai, ou en avez-vous de plus pentues, comme on en retrouve en Europe ? Travaillez-vous sur l’introduction de nouvelles difficultés pour les éditons futures ?

Nous en avons de plus pentues. Ceux qui sont venus ici avant 2008 se rappellent encore de ces ascensions. Et l’an dernier, nous en avions aussi une. Nous allons avoir plus d’étapes de montagne l’année prochaine.  

 

L’édition 2014 s’est achevée il y a quelques jours par la victoire du Kazakh Ilya Davidenok. Cette victoire s’inscrit dans la lignée des années précédentes, dominées par les coureurs du Kazakhstan ou d’Iran. Comment expliquez-vous leur domination ?

Il y a deux raisons principales. La première est qu’ils pratiquent notre épreuve depuis plusieurs années, et sont familiers de nos routes et de notre climat désormais. La deuxième, selon leurs propres dires, est que l’altitude et le climat d’ici sont très similaires à ceux de leur domicile. Ils s’entraînent souvent en montagne à de très hautes altitudes tout au long de l’année.

 

Les iraniens, et tout particulièrement les coureurs de la formation Tabriz Petrochemical, sont toujours à leur aise sur cette course.

Les iraniens, et tout particulièrement les coureurs de la formation Tabriz Petrochemical, sont toujours à leur aise sur cette course.

Quels furent les points forts de votre épreuve cette année ?

Tout d’abord, nous sommes très satisfaits de notre cérémonie d’ouverture, la plus belle en 13 éditions. De plus, la météo fut très bonne, seulement un jour de pluie, soit l’édition la plus clémente de ces treize dernières années. Nous sommes aussi satisfaits qu’aucun gros incident ne fut signalé sur la route. Les commissaires internationaux nous ont confirmé que la sécurité sur le Tour of Qinghai Lake est de très grande qualité. Les commissaires ont d’ailleurs disposé de chauffeurs plus expérimentés pour leur transport sur l’épreuve. Enfin d’un point de vue sportif, il était agréable de voir que chaque jour, nous pouvions apercevoir de nouveaux visages sur le podium de l’épreuve, alors que par le passé, une ou deux équipes trustaient les premiers rôles.

Seulement un jour de pluie cette année, alors qu'habituellement la région est très arrosée. Les coureurs ont certanement apprécié.

Seulement un jour de pluie cette année, alors qu’habituellement la région est très arrosée. Les coureurs ont certanement apprécié.

 

Et quels furent les points faibles ?

Je pense, personnellement, que nous aurions dû avoir de grosses étapes de montagne. Et nous aurions aussi dû être plus efficaces dans le transport des bagages à l’aéroport lorsque les équipes ont quitté Lanzhou. Nous améliorerons cela l’an prochain.

 

On parle beaucoup de dopage dans le cyclisme. Est-ce que des tests antidopages sont organisés pendant le Tour of Qinghai Lake ? Si oui, combien ?

L’UCI nous envoie un agent de contrôle anti-dopage chaque année. Chaque jour, 4 coureurs sont contrôlés.

 

A propos du cyclisme chinois, dans quel état de développement est-il ? Durant votre épreuve, les coureurs chinois n’ont pas brillé … mais la Chine reste le pays avec le plus d’équipes inscrites auprès de l’UCI (11).

Je pense que le cyclisme chinois est en plein développement, grâce à l’intérêt et au soutien de l’UCI. Même si une douzaine d’équipes sont inscrites auprès de l’UCI, les coureurs ne sont pas encore assez forts. Quelques uns des meilleurs partent à l’étranger comme Fuyu Li par le passé ou Ji Cheng aujourd’hui.

Mais ici, le management est différent des autres pays. Les coureurs n’ont pas de bons entraîneurs, et les équipes manquent de sponsors. Ces points posent problème.

Selon mes observations, les coureurs à l’étranger courent beaucoup dans l’année,  prennent beaucoup d’expérience et augmentent leurs capacités grâce à cela. Mais à l’inverse, les coureurs chinois ne participent qu’à peu de courses, seulement une ou deux épreuves par an. Ils n’ont pas assez d’opportunité d’apprendre et de s’entraîner sur des courses.

 

Donc comment choisissez-vous les équipes qui vont prendre part à votre course, car évidemment vous ne pouvez pas inviter les 11 équipes inscrites auprès de l’UCI. Et pourquoi Giant-Champion System n’était pas présente, alors qu’elle semble être la formation chinoise la plus solide, avec notamment quelques bons résultats sur le Tour de Corée ?

Nous préférons choisir des équipes de bon niveau, et qui sont fidèles à notre épreuve. Giant – Champion System n’a tout simplement pas demandé à prendre part à notre course.

 

Ji Cheng a disputé à plusieurs reprises votre épreuve. Aujourd’hui, il dispute le Tour de France. Que pensez-vous de lui ? Vous-a-t-il impressionné par le passé ? Il ne semble pas être le meilleur coureur chinois. Nous pouvons par exemple nous rappeler de la belle 5ème place de Wang Meyin sur le Tour de Langkawi 2013.

Nous sommes fiers de Ji, et nous lui souhaitons le meilleur. Je pense qu’en Chine Wang Meyin était plus connu. Mais désormais, Ji a pris le dessus grâce à sa participation au Tour.

 

Est-ce que sa participation au Tour de France a augmenté la popularité du cyclisme en Chine ? Est-ce que cela a eu un impact sur votre épreuve ?

Bien sûr, sa participation a augmenté la popularité du cyclisme. Il a de nombreux fans. Et donc, quand tous ces gens l’ont regardé sur le Tour de France, ils ont pu avoir envie de regarder notre épreuve afin de découvrir de nouveaux talents chinois, car il vient du Tour du Qinghai Lake et des autres courses chinoises. C’est une bonne chose pour notre épreuve.

 

Ndlr : Les observations ci-dessus n’engagent que Mme Chen Yuhua.  Ils sont distincts du comité d’organisation.

Avant de nous intéresser brièvement au cyclisme chinois, dernier point de vue sur le Tour of Qinghai Lake : son palmarès !

2002 (2.5) : 1 Tom Danielson (USA), 2 Glen Alan Chadwick (Nzl, Marco Polo), 3 Xavier Tondo (Esp, Catalogne)

2003 (2.5) : 1 Damiano Cunego (Italie), 2 Ghader Mizbani Iranagh (Irn, Giant Asia), 3 Wang Gou Zhang (Chine)

2004 (2.3) : 1 Ryan Cox (Rsa, Barloworld), 2 Ghader Mizbani Iranagh (Irn, Giant Asia), 3 Jeff Louder (Usa, Navigators Insurance)

2005 (2.HC) : 1 Martin Mares (Cze, ED System), 2 Kairat Baigudinov (Kaz, Capec), 3 Valerio Agnoli (Ita, Naturino)

2006 (2.HC) : 1 Maarten Tjallingii (Ned, Skil), 2 Hossein Asgari (Irn, Giant Asia), 3 Nacor Burgos (Esp, Relax)

2007 (2.HC) : 1 Gabriele Missaglia (Ita, Serramenti), 2 Daniel Lloyd (Gbr, DFL), 3 Francisco Mancebo (Esp, Relax)

2008 (2.HC) : 1 Tyler Hamilton (Usa, Rock Racing), 2 Marek Rutkiewicz (Pologne), 3 Hossein Asgari (Irn, Tabriz Petrochemical)

2009 (2.HC) : 1 Andrey Mizourov (Kaz, Tabriz Petrochemical), 2 Ghader Mizbani Iranagh (Irn, Tabriz Petrochemical), 3 Mitja Mahoric (Slovénie)

2010 (2.HC) : 1 Hossein Asgari (Irn, Tabriz Petrochemical), 2 Radoslav Rogina (Cro, Loborika), 3 Kiel Reijnen (Usa, Jelly Belly)

2011 (2.HC) : 1 Gregor Gazvoda (Slo, Perutnina), 2 Dmitriy Gruzdev (Kazakhstan), 3 Mateusz Taciak (Pol, CCC)

2012 (2.HC) : 1 Hossein Alizadeh (Irn, Tabriz Petrochemical), 2 Cameron Wurf (Aus, Champion System), 3 Giovanni Baez (Col, EPM)

2013 (2.HC) : 1 Mirsamad Poorseyedi Golakhor (Irn, Tabriz Petrochemical), 2 Yevgeniy Nepomnyachshiy (Kaz, CT Astana), 3 Daniil Fomynikh (Kaz, CT Astana)

2014 (2.HC) : 1 Ilya Davidenok (Kaz, CT Astana), 2 Mykhaylo Kononenko (Ukr, Kolss), 3 Thomas Vaubourzeix (Fra, La Pomme)

Les maillots distinctifs au départ de l'avant dernière étape de l'édition 2014. De gauche à droite : Mirsamad Poorseyedigolakhour (Tabriz) portant le maillot du classement asiatique, Mykhaylo Kononenko (Kolss) leader du classement des sprints, Ilya Davidenok (CT Astana) leader de l'épreuve, et Ghader Mizbani Iranagh (Tabriz) leader du classement de la montagne. Poorseyedigolakhour porte un maillot détenu par Davidenok. Il n'y aura pas de changement d'ici l'arrivée.

Les maillots distinctifs au départ de l’avant dernière étape de l’édition 2014.
De gauche à droite : Mirsamad Poorseyedigolakhour (Tabriz) portant le maillot du classement asiatique, Mykhaylo Kononenko (Kolss) leader du classement des sprints, Ilya Davidenok (CT Astana) leader de l’épreuve, et Ghader Mizbani Iranagh (Tabriz) leader du classement de la montagne. Poorseyedigolakhour porte un maillot détenu par Davidenok. Il n’y aura pas de changement d’ici l’arrivée.

 

Le Gruppetto tient à remercier tout particulièrement Mme Chen Yuhua pour l’interview qu’elle nous a accordé, et pour nous avoir autorisé à utiliser les photos du Tour of Qinghai Lake.

 

Article et interview par vino_93

 

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Modérateurs: Geraldinho, bouri