Écrit le par dans la catégorie Analyses, Tours et détours.

Ce vendredi s’élance le Giro d’Italia 2014, l’occasion de détailler le parcours de cette édition présentée en octobre dernier. Un tracé qui comme chaque année a subi quelques modifications depuis sa présentation. Un départ d’Irlande, un chrono individuel vallonné et de nombreuses arrivées au sommet, dont un final au Zoncolan à la veille de l’arrivée finale à Trieste, sont les points remarquables de cette édition du Tour d’Italie. Ensemble nous vous proposons de découvrir et disséquer ce tracé afin d’en dégager les forces et les faiblesses.

 

Le tracé du Tour d’Italie 2014 en vidéo

 Trois jours en Irlande

Seize ans après le Tour de France, parti de Dublin en 1998, un autre Grand Tour va s’aventurer en terre irlandaise. Les organisateurs italiens poursuivent ainsi leur stratégie d’ouverture du Giro qui les a vus ces dernières années multiplier les départs de contrées pourtant loin d’être frontalières (Belgique 2006, Pays-Bas 2010, Danemark 2012). Les coureurs auront l’occasion de découvrir les deux parties de l’Irlande puisque les deux premières étapes mettront à l’honneur Belfast et l’Irlande du Nord, tandis que la troisième arrivera à Dublin, capitale de la République d’Irlande. Autre fait nouveau, la course s’élancera un vendredi afin que les coureurs bénéficient d’un jour de repos supplémentaire à leur retour dans la péninsule italienne. Au niveau sportif, l’épreuve débutera par un contre-la-montre par équipes – une première depuis 2011 (prologue en 2012, épreuve décalée au dimanche en 2013) – d’une distance de 21.7km. Les deux étapes suivantes devraient permettre les premières explications entre sprinteurs au terme d’étapes relativement plates, même si le vent est toujours à surveiller dans cette région. On peut regretter cette perspective de faible spectacle, a fortiori un samedi et un dimanche. Le terrain s’y prêtait pourtant mieux que lors des délocalisations passées aux Pays-Bas et au Danemark, notamment dans les collines à l’ouest de Belfast. A cela s’ajoute un transfert gigantesque par delà terres et mers pour ramener les coureurs, les suiveurs et leurs matériels dans le talon de la botte italienne.

La remontée de la botte

Après un jour de repos nécessaire – et permis par dérogation par l’UCI – les coureurs repartent à l’assaut des routes de la péninsule avec une courte étape de plaine (121km) qui devrait aboutir sur un troisième sprint consécutif au terme d’un circuit urbain dans Bari. Un choix logique pour digérer ce qui est un transfert record pour un Grand Tour. Les deux étapes suivantes sont enfin l’occasion de casser la monotonie des sprints en insérant les premiers reliefs. La cinquième étape présente ainsi un tracé accidenté avant un premier final en bosse vers Viggiano. Initialement seule une montée vers l’arrivée (5.8km à 4.7%) était au programme mais les organisateurs ont revu leur tracé en ajoutant une boucle pour reprendre le final de cette bosse. Les deux difficultés s’enchaînent donc directement après une descente en lacets dans Viggiano. Ce changement devrait résolument bénéficier aux puncheurs en éliminant les plus complets des sprinteurs.

Le lendemain, la sixième étape propose une nouvelle arrivée sur une bosse roulante à Montecassino  (8.6km à 5%). Une étape jumelle en quelque sorte, le relief de la veille laissant sa place à un tracé marathon de 244km. Il y a fort à parier qu’on retrouve donc encore les mêmes favoris pour la victoire. Après trois étapes pour sprinteurs, ces deux arrivées sur une bosse roulante apparaissent donc comme une nouvelle redondance. C’est d’autant plus dommageable que la suite du parcours n’offrira qu’une seule nouvelle opportunité aux puncheurs.

semaine1

Les étapes remarquables de la première semaine en Italie

La septième étape poursuit la remontée de la botte italienne avec une étape accidentée avant quarante derniers kilomètres plus favorables aux équipes de sprinteurs. Sur ce tracé, typique du Giro, on pourrait assister à un beau match entre baroudeurs et sprinteurs. Le deuxième week-end devrait permettre aux favoris de reprendre le devant de la scène avec d’abord une belle étape de moyenne montagne tracée autour du Monte Carpegna. Au programme trois difficultés resserrées dans le final : le Cippo di Carpegna (7.9km à 8.3%), le Villagio del Lago (9.3 km à 6.2%) et la Madonna del Faggio (6.6km à 6.2%). Le premier col et ses passages à 10%, notamment dans les trois derniers kilomètres, semblent parfaits pour lessiver un peloton, de quoi espérer les premières offensives dans l’enchainement des deux dernières montées, séparées par seulement trois kilomètres de descente.

Le lendemain, la revanche pourrait avoir lieu sur les pentes du Passo del Lupo (16.4km à 5.5%) au dessus de la station apennine de Sestola. Cette montée cache en fait un passage de 4km à presque 9%, juste avant le Pian del Falco, suivi de 5km très roulant à 4%. On regrettera quand même que les organisateurs aient cédé à la facilité d’une course de côte pour conclure cette semaine. Au lendemain d’une belle étape arrivant déjà au sommet, et au vu du potentiel offert dans cette zone des Apennins, il y avait surement de quoi tracer une étape plus piégeuse.

Un chrono vallonné et un week-end dédié au Pirate

Après un deuxième jour de repos (cette fois sans transfert), les coureurs repartent de Modène en direction de Salsomaggiore Terme pour une étape plate comme la main seulement perturbée par une petite bosse dans son final. Passée celle-ci, il restera seulement cinq kilomètres, de quoi motiver les puncheurs pour compromettre le sprint massif. Le final du lendemain pourrait être tout aussi animé. Au programme, un parcours accidenté en direction de Savona, le long de la côte ligure. L’étape devrait inspiré les baroudeurs qui pourront se disputer la victoire dans la dernière difficulté, le Naso di Gatto (7km à  7.9%). Cette montée pourrait même inspirer les leaders, la (longue) descente de 24km menant directement à l’arrivée. Bref, cette onzième étape a tout de l’étape piège, celles qui font tous les ans l’essence du Giro mais qui sont trop rares sur cette édition, pour peu que les leaders aient de l’audace. Mais qui osera à la veille du grand chrono de cette édition ?

Un an après le chrono complet de Saltara qui avait vu la prise de pouvoir de Nibali, les organisateurs récidivent avec un exercice plus court (42km) mais pas moins difficile. Son parcours a cependant été revu depuis la présentation officielle. Initialement long de 46km majoritairement plat, le tracé a été modifié pour mieux mettre en valeur les vignobles de la région. Et qui dit vignes, dit reliefs. Le chrono débutera donc par un long faux plat avant une bosse (km 12), puis une longue descente avant quinze kilomètres de plat, une nouvelle bosse roulante et un dernier raidard pour user ses dernières forces. Un bel exercice pour homme fort mais on regrettera que ce nouveau tracé gomme l’avantage initial donné aux rouleurs, qui ne seront pas plus à la fête en haute-montagne. Avec un petit débours seulement à récupérer, les purs grimpeurs seront plus enclin à attendre la bonne opportunité qu’à la créer.

Le chrono vallonné dans les vignes du Piémont

Le chrono vallonné dans les vignes du Piémont

Toute plate, malgré la proximité des Alpes, la treizième étape vers Rivarolo Cavanese ne devrait pas rentrer dans les annales. Probablement l’étape la plus insignifiante de ce Giro, perdue entre le chrono et un week-end hommage à Marco Pantani. Première étape, le Santuario di Oropa où le Pirate avait cru assommer le Giro 1999 – il fut interdit de départ quelques jours plus tard en raison d’un taux d’hématocrite trop élevé. Le Giro continue de prendre de l’altitude avec un nouvel enchaînement de trois cols pour conclure. Au programme, l’Alpe Noveis (9km à 7.9%), Bielmonte (18.4km à 6.2%) et le Santuario di Oropa (11.8km à 6.2%). Malheureusement, la longue descente de Bielmonte, même si elle est technique dans sa première partie, devrait encore contraindre les favoris à ne s’expliquer que dans la montée finale. A priori une nouvelle course de côte au programme donc. Même verdict le lendemain, pour la seconde étape hommage à Marco Pantani,vers le Plan di Montecampione où il avait assommé (pour de bon cette fois ci) le Giro 1998. A la différence que cette fois le choix de la course de côte est assumé puisque les coureurs auront le droit à 205km de plaine avant la rupture brutale dans l’imposante montée finale (18.7km à 7.8%).

Le Giro prend de l'altitude en rendant hommage à Marco Pantani

Le Giro prend de l’altitude en rendant hommage à Marco Pantani

La haute-montagne pour conclure

Passé le troisième jour de repos, les coureurs s’attaqueront à l’étape reine de ce Giro 2014 : Ponte di Legno – Val Martello. Le parcours n’est pas inconnu puisqu’il s’agit de l’étape annulée lors de l’édition 2013 en raison de la neige. Au programme donc le terrible Passo Gavia (16.5km à 8%) escaladé d’entrée de jeu, puis le monstrueux Passo Stelvio (21.7km à 7.2%) qui constitue la Cima Coppi (plus haut sommet) de ce Tour d’Italie.  Après ce duo dantesque, une vallée d’une vingtaine kilomètres emmènera les coureurs au pied de l’ascension finale dans le Val Martello (22.3km à 6.4%). L’étape est courte (139 km) et très dense (D+4600m), elle a lieu le lendemain d’un jour de repos, le départ est donné dans un col… tous les ingrédients semblent réunis pour une étape de légende. En espérant que la météo ne soit pas trop méchante cette fois-ci…

L'étape reine vers le Val Martelo via Stelvio et Gavia

L’étape reine vers le Val Martelo via Stelvio et Gavia

Le lendemain, les favoris auront en plus l’occasion de goûter un dernier repos, puisque la dix-septième étape vers Vittorio Veneto intéressera davantage les chasseurs d’étapes : baroudeurs, puncheurs et pourquoi pas sprinteurs. Le parcours est en effet vallonné avec notamment le Muro di Ca del Poggio (1km à près de 11%) à vingt kilomètres du but. Une étape potentiellement piégeuse si elle n’était cernée par la haute montagne.

La dix-huitième étape ouvre le triptyque de haute montagne chargé de conclure la bataille pour le classement général. Au programme, trois cols des Dolomites : le Passo San Pellegrino (18.2km à 6.3%), le Passo Redebus (14.8km à 4.3%) et la difficile montée du Rifugio Panarotta (15.9km à 7.9%). Si ces trois cols sont impressionnants, leur agencement dans cette étape se révèle catastrophique en faisant la part belle aux vallées : quarante kilomètres entre San Pellegrino et Redebus et encore quinze kilomètres jusqu’au pied du Panarotta. Ce dessin force encore la course de côte, ce qui n’est pas digne de l’étape des Dolomites. Il s’agit certainement du plus gros raté de ce Tour d’Italie.

Le lendemain, les coureurs auront rendez-vous avec le désormais traditionnelle chrono en côte ou cronoscalata. L’ascension proposée est cette fois le fameux Monte Grappa (19.3km à 8%). De tous les cronoscalata récents, celui-ci est de loin le plus difficile jamais proposé. Une nouvelle preuve que l’avantage est clairement donné aux purs grimpeurs dans cette édition. Par ailleurs, on peut s’interroger sur le placement de cette étape. Son caractère décisif apparaît en effet comme une raison de plus pour s’économiser la veille dans le Panarotta…

La vingtième étape devrait accentuer cet effet puisqu’elle propose un final sur le fameux Monte Zoncolan (10.1km à 11.9% !). Pour la première fois, les organisateurs ont placé leur ascension reine comme dernière montée du Giro. Cela peut être un choix risqué vu les écarts astronomiques que cette seule montée est capable de créer, d’autant plus qu’elle viendra conclure une semaine intense en haute-montagne et bénéficiera pour la première fois de vrais cols plus tôt dans l’étape. En effet, avant l’ascension du Zoncolan, le peloton devra s’attaquer au Passo del Pura (11.3km à 7.7%) et au Sella di Razzo (13.4km à 5.9%) dont la longue descente précédera directement la montée finale. Ce parcours n’est pas anodin et pourrait inspirer des grimpeurs en quête d’un succès de prestige ou des leaders cherchant à entrer dans le top 10. Difficile tout de même d’imaginer les leaders bouger avant Ovaro et le Zoncolan dans des circonstances habituelles…

Le triptyque final de ce Giro 2014

Le triptyque final de ce Tour d’Italie 2014

 

La vingt-et-unième et dernière étape de ce Giro mènera le peloton jusqu’à l’arrivée finale à Trieste. Après Brescia en 2013, RCS poursuit ainsi sa politique de changement quand au lieu d’arrivée. Dans Trieste, les sprinteurs devront affronter huit tours d’un circuit final qui comporte une petite bosse.

Un bilan décevant

La déception, c’est probablement le mot qui revient à la lumière de ce tracé irlando-italien. Après une édition 2013 marqué par la neige et la victoire aisée de Nibali, les organisateurs ne semblent avoir retenu que la première leçon en limitant les passages à 2000m d’altitude (trois seulement, ceux de l’étape annulée en 2013). En effet, RCS persiste dans sa stratégie du tout montagne et surtout tout pour la course de côte. En effet, sur huit étapes de moyenne et haute montagnes, aucune n’échappe à l’arrivée au sommet. Si deux étapes du tracé sont dédiées à Marco Pantani, il aurait peut-être fallu s’intéresser à d’autres exploits du Pirate, que ce soit ses raids en solitaire du Fedaia sur le Giro 1998 ou du Galibier sur le Tour de la même année. Si certaines étapes sont bien tracas (mention à Montecopiolo, Val Martello et Zoncolan), la palme de la médiocrité revient à la pseudo-étape des Dolomites vers le Rifugio Panarotta. Le tout montagne souffre aussi de l’absence de contre-poids offert par l’exercice chronométré : le premier étant trop vallonné pour réellement désavantagé les purs grimpeurs, le second étant le cronoscalata le plus dur des dernières années.

Le reste du tracé ne relève que trop peu le niveau de la montagne. Le départ en Irlande devrait plus rester pour les paysages offerts que pour son intérêt sportif. La première semaine en Italie devrait alterner des étapes intéressantes en offrant des possibilités à tous : sprinteurs, puncheurs, baroudeurs et grimpeurs. Enfin, on regrettera l’absence d’étapes pièges d’importance, à l’image de L’Aquila 2010 ou Pescara 2013. Les deux seules candidates, les étapes de Savona et Vittorio Veneto, souffrent en effet de leur position, à la veille d’un contre-la-montre.

Pour conclure, on finira avec un point positif : les transferts. En effet, hormis le retour dans la péninsule, les transferts sont bien plus courts que lors des deux dernières éditions, ce qui permettra un meilleur temps de repos aux coureurs. Un point qu’il est nécessaire de saluer et d’encourager.

Et vous, quel est votre avis sur ce tracé du Tour d’Italie 2014 ? Pour réagir et débattre, ou simplement suivre la course, rendez-vous sur notre forum, spécialement habillé de rose à l’occasion de ces trois semaines de Giro.

 

Par Svam – Photo profil : Arrivée Cervinia 2012 (Wikicommons, SteGrifo27) – Crédits profils et vidéo : RCS Sport

Partagez
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •