Écrit le par dans la catégorie Courses, Les forçats de la route.

En juillet, tandis que la Grande Boucle crève l’écran, les coureurs de l’équipe La Pomme – Marseille alterneront repos, stages et courses à l’étranger. Passée professionnelle en 2011 après de longues et fructueuses années dans les rangs amateurs, l’équipe française suit le calendrier de la division Continental et évolue souvent à l’ombre des courses les plus médiatisées. Cela n’empêche pas ses coureurs de s’illustrer dans des courses relevées, à l’image de Yannick Martinez, vainqueur à Mirande de la première étape de la Route du Sud, le 13 juin dernier. Le lendemain, nous avons suivi la course en compagnie de Benoît Salmon, vainqueur du Midi Libre en 1999 et directeur sportif de l’équipe depuis 2010. L’occasion de discuter de la défense du maillot de leader, des atouts de l’équipe, des objectifs à venir…

La « classe » et le sourire

Ambiance presque festive au départ de la seconde étape : les coéquipiers de Yannick Martinez s’amusent de la popularité de leur leader, presque aussi sollicité par les enfants de Villecomtal-sur-Arros qu’un certain bus de couleur verte… Entre Alexandre Geniez, Thomas Rostollan, et Yannick Martinez, on se chambre tout autant qu’on discute tactique du jour. A l’approche du départ, cependant, la tension monte, d’autant que plusieurs coureurs semblent gênés par les réglages de leur machine. Quelques mots du mécano se révèlent plus efficaces que des révisions de dernière minute, tout ira bien.

Et dès le départ, des gestes de félicitation : Marcus Ljungqvist, directeur sportif de l’équipe Sky monte à hauteur de la voiture pour saluer la victoire de la veille, ce qui ne manque pas d’impressionner Benoît Salmon : « la classe », confie-t-il à Stéphane Augé dans la voiture Cofidis, avant de rire du sort des coureurs, appelés dès le kilomètre 0 à affronter un véritable mur, le tout sous un soleil de plomb.

Un départ accidenté qui n’est pas du goût de Justin Jules, de retour de blessure, ni de Thomas Rostollan, échappé la veille. Ils parviennent à s’accrocher, à la faveur d’un ralentissement : deux coureurs viennent de se faire la belle, et le peloton laisse filer : « un des meilleurs plans possibles » pour Benoît Salmon et Yannick Martinez, qui se sent en forme. Rester vigilant, assurer le tempo en attendant le renfort des équipes de sprinters, et tout ira bien.

 S’affirmer dans le peloton professionnel

Au sein de l’équipe La Pomme – Marseille, on se montre satisfait et confiant. Cinquième victoire de l’année hier pour l’équipe, la troisième sur le circuit européen, un bilan satisfaisant : « depuis le début de saison, l’équipe a été présente et active sur de nombreuses épreuves, et la victoire d’hier est le résultat d’un beau travail collectif. » Le maillot de leader ne semble pas mis en danger, et Yannick Martinez pourrait à nouveau jouer les premiers rôles : « Yannick est en confiance, il est dans une spirale positive : il porte le maillot de leader, et vient de prendre une seconde de bonification, importante pour le classement général. Faire une place à l’arrivée est donc tout à fait jouable», avance Benoît Salmon, sans toutefois s’enflammer.

La course prend pour un temps des allures de ballade le long des collines caniculaires du Gers. Entre deux descentes pour récupérer des bidons, nous pouvons donc aborder les objectifs et l’avenir de l’équipe. Très jeune formation sur le circuit professionnel, La Pomme – Marseille possède de jeunes coureurs de talent. Le problème est de parvenir à les accompagner dans leur progression, et « avec notre budget limité [1 millions € environ] il est parfois difficile de les retenir face aux sirènes d’équipes plus importantes ». En devenant une professionnelle, la structure marseillaise a fait le choix de ne plus être qu’un club formateur et de se frotter à une concurrence plus rude. Une décision assumée, d’autant que les résultats, sans être tonitruants, sont à la hauteur des objectifs. Malgré tout, la formation garde un appui dans le monde amateur, à travers une équipe d’espoirs, de niveau régional. « On aimerait disposer d’une équipe réserve en DN1 [première division du circuit amateur français] à la manière des grosses formations. Malheureusement, c’était impossible pour nous de conserver une équipe amateur à ce niveau ; ça demande quand même 500 000 à 700 000€ de budget pour fonctionner ! »

Ni amateure, ni grande équipe professionnelle, La Pomme Marseille évolue donc dans un entre-deux qui ouvre tout de même des perspectives, et des ambitions : « le grand objectif pour la fin de saison, au-delà des courses individuelles, c’est la Coupe de France. Il reste encore plusieurs épreuves, et l’on vise un bon classement individuel. Justin Jules [actuellement 3ème avec 93 points] a raté quatre manches suite à une blessure, mais il a remporté le Grand Prix La Marseillaise et fait de bons résultats ; Yannick Martinez [8ème avec 66pts] a également engrangé beaucoup de points dernièrement. On va courir chaque épreuve pour la victoire, mais avec ce classement dans un coin de la tête. » Au programme également en juillet : le Tour Of Qinghai Lake, en Chine, où un des partenaires a des intérêts. Une course exotique, mais relevée et intéressante en termes de points UCI.

En attendant juillet, cette seconde étape se termine, comme prévu, par un sprint massif, remporté par Yohann Gene, de l’équipe Europcar. Yannick Martinez termine 4ème, et garde le maillot de leader grâce à la seconde de bonification glanée en début d’étape. Il devra renoncer à la tunique orange le lendemain dans l’étape de montagne, malgré une offensive audacieuse. Volontaires et sûrs de leurs moyens, les coureurs de La Pomme  – Marseille auront surpris par leur régularité et leur omniprésence tout au long de la Route du Sud. De quoi afficher des ambitions pour la fin de saison.

Photo Jérémy Jännick CC-BY-SA-3.0, via Wikimedia Commons.

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